Quand je lis les journaux, quand j’écoute les commentateurs et les politiciens démagogues dans les médias en rapport avec la situation de notre système de santé, je souhaiterais faire revivre le bon Frère André et le nommer ministre de la Santé afin qu’il accomplisse d’autres miracles.
Encore une fois, quand ça va mal, c’est le ministre de la Santé qui devient le bouc émissaire et quand ça va encore plus mal, c’est la faute du premier ministre qui n’a pas su imposer les mains.
Plus ça change, plus c’est pareil. Rappelez-vous les reproches faits à Madame Marois au sujet d’un banal bain thérapeutique installé dans un hôpital de Québec et non relié à la plomberie après un an.
Rappelez-vous les montants d’argent neuf injectés dans le système à chaque année, un milliard par année depuis 10 ans, pour arriver aux mêmes résultats. Plus ça change, plus c’est pareil.
Rappelez-vous qu’à chaque crise dans le système, chacun réclame plus d’argent. Plus ça change, plus c’est pareil.
Rappelez-vous les reproches des libéraux faits aux péquistes quand ils étaient au pouvoir. L’opposition officielle leur rend la monnaie de leur pièce et on refait la même petite politique avec la santé. Plus ça change, plus c’est pareil.
Avez-vous entendu quelqu’un (journalistes, fonctionnaires, associations des directeurs généraux et des agences de la santé et des services sociaux, syndicats professionnels, députés de l’opposition, etc.) mettre de l’avant des solutions concrètes pour atténuer la pénurie de médecins, d’infirmières et d’autres professionnels de la santé? Plus ça change, plus c’est pareil.
Qu’attendons-nous pour dépolitiser la gestion des services de santé? Somme toute, les gouvernements devraient établir des politiques de santé et arrêter de faire de la politique avec la santé. Nous ferions un grand pas en avant si au moins le gouvernement arrivait à appliquer la 31e recommandation du rapport de la Commission Clair, publié il y a 10 ans cette année, et que tout le monde a oublié, surtout les politiciens :
« Que le gouvernement confie à un groupe de travail le mandat de le conseiller sur diverses options, notamment le renouvellement du ministère, la création d’une agence nationale et toute autre proposition visant à adapter la gouverne nationale aux défis de l’avenir;
Que ce groupe de travail soit composé d’administrateurs publics reconnus, de gestionnaires expérimentés du monde des affaires, de professionnels de la santé et de citoyens ».
Quelques années plus tard, j’avais suggéré de créer « l’Hydro-Santé »1. Cette idée m’était venue lors d’une rencontre avec le PDG d’Hydro-Québec d’alors, André Caillé. Celui-ci me faisait remarquer que, comme Hydro-Québec, le système de santé devrait fournir des services jour et nuit, 365 jours par année et faire face aux nombreuses crises de verglas que sont les engorgements de toutes sortes dans le système. Par contre, en santé, les gestionnaires gèrent les dépenses, alors que l’entreprise d’État génère aussi des revenus, ce qui lui permet de croître.
Ressemblant au groupe de travail préconisé par la Commission Clair, « l’Hydro-Santé » serait formée de gestionnaires nommés et non élus qui gèreraient la « santé » et non des « compressions ». Bien sûr, il ne s’agit pas de créer une société d’État aussi grosse qu’Hydro-Québec, mais de faire en sorte que les décisions d’organisation soient prises par des gens indépendants de la politique.
En énonçant ce concept, je ne rêvais pas en couleur. Je savais bien que les politiciens n’accepteraient pas de céder 40 % d’un budget avec lequel ils gagnent leurs élections, autant au provincial qu’au fédéral. En fait, il ne s’agit pas de céder un budget, mais plutôt de le faire administrer par un organisme parapublic, sans lien avec la politique, comme cela se fait dans bien d’autres domaines reliés à l’État telles l’assurance-automobile (SAAQ), la santé et la sécurité au travail (CSST) ou l’énergie électrique (Hydro-Québec). Mon but était, et est toujours, d’inciter à la réflexion sur d’autres façons d’agir et de faire les choses.
Cette même crise dans le système de santé ressemble à toutes les autres et d’autres crises similaires se reproduiront sans aucun doute dans la situation actuelle. Plus ça change, plus c’est pareil.
Bon Frère André, faites d’autres miracles!
Yves Lamontagne, M.D.
Président-directeur général
Collège des médecins du Québec
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1 Lamontagne, Y., Et si le système de santé vous appartenait?, Québec-Amérique, 2006