DECEMBER 14, 2016

Droit de prescrire des infirmières

Devant le peu d’intérêt des infirmières à prescrire de manière autonome, le Collège doit prolonger le délai pour éviter un risque de rupture de services
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Le 11 janvier 2016, le Collège accordait aux infirmières le droit de prescrire, notamment des médicaments pour les ITSS non-symptomatiques et des pansements pour les soins de plaies. Selon les estimations de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), quelque 8 000 à 10 000 infirmières allaient se prévaloir du droit de prescrire à l’intérieur d’un an.

Près d’un an plus tard, le Collège constate avec regret que les infirmières affichent très peu d’intérêt pour le droit de prescrire de manière autonome. De fait, au 30 novembre 2016, seulement 2 928 infirmières s’en sont prévalues. De ce nombre, seulement 488 d’entre elles ont rédigé au moins une ordonnance, ayant pour conséquence que 2 440 infirmières qui ont le droit de prescrire n’en font pas profiter les patients. De plus, seulement 4 690 prescriptions ont été émises par les 488 infirmières, pour une moyenne de 9,6 prescriptions rédigées par chaque infirmière depuis le 11 janvier 2016. Ces statistiques de la RAMQ ont fortement surpris le Collège.

En accordant ce droit de prescrire de manière autonome, tant aux infirmières bachelières qu’aux infirmières détentrices d’un diplôme d’études collégiales (pour ces dernières par clause de droit acquis, à condition d’avoir reçu la formation en date du 11 janvier 2016), nous devions conséquemment mettre un terme aux ordonnances collectives, un an après l’entrée en vigueur du règlement. Le tout, compte tenu des nouvelles responsabilités et de la nouvelle autonomie accordée aux infirmières, comme l’OIIQ le réclamait au privé et au public. Or, la situation est toute autre. Le Conseil d’administration a ainsi décidé de prolonger le délai pour que les infirmières puissent se prévaloir du droit de prescrire et permettre l’utilisation des ordonnances collectives pour les activités visées par le règlement jusqu’au 30 juin 2017, afin d’éviter un risque de rupture de services et de soins pour les patients.

Au cours des prochains jours, le Collège entreprendra différentes démarches auprès de l’OIIQ afin que les cibles soient atteintes à l’intérieur du nouveau délai. Le Collège enjoindra l’OIIQ à utiliser les moyens nécessaires afin d’inciter les infirmières à s’engager et à prendre ces nouvelles responsabilités. Il sera par ailleurs impératif pour l’OIIQ de bien saisir les motifs qui peuvent expliquer ce peu d’intérêt de leurs membres. Ces motifs devront être documentés pour la suite des choses afin de permettre à tous les intervenants de bien mesurer l’état des lieux quant à la prescription autonome.

Le Collège invite aussi les médecins à encourager leurs collègues infirmières à se prévaloir de ce droit de prescrire notamment pour les ITSS non-symptomatiques et les soins de plaies.

De fait, le dernier Rapport du directeur de la santé publique (2016) rappelle que les cas de gonorrhée ont augmenté de 90 % et les cas de chlamydiose génitale de 41 % entre 2010 et 2015. Les infirmières ont un rôle crucial à jouer. Leur contribution est importante et incontournable  devant des données aussi alarmantes.

Quant aux soins de plaies, la littérature démontre que la prise en charge des patients à domicile permet de retarder l’admission en CHSLD. Maintenant que les barrières réglementaires sont abaissées, les infirmières doivent véritablement s’approprier ces responsabilités. Il faut les y encourager.

Le Collège continuera à suivre l’évolution de ce dossier de près et vous tiendra informés des mesures qui seront prises pour corriger rapidement le tir.


Charles Bernard, M.D.
Président-directeur général
Collège des médecins du Québec