25 JANVIER 2016

Comportement perturbateur des médecins : Non au syndrome de l'autruche!

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Le 27 novembre 2015 se tenait la conférence « Les comportements perturbateurs : que faire? », organisée par l’Association canadienne de protection médicale (ACPM).

De nombreux médecins intéressés par le sujet et leaders médicaux de la profession, dont plusieurs chefs de département de divers établissements de santé et de services sociaux au Québec, ont participé à ce colloque. De toute évidence, ils souhaitaient mieux cerner la problématique du comportement perturbateur du médecin, les facteurs y contribuant, les impacts sur l’environnement professionnel et personnel et s’enquérir de pistes de solution. Cet intérêt n’était pas neutre et plusieurs ont pu évoquer des situations vécues à divers degrés d’intensité. Comme l’a aussi rappelé la Dre Lorraine Legrand Westfall de l’ACPM, les médecins sont préoccupés par le comportement perturbateur d’un collègue, mais ils ne sont pas toujours à l’aise d’aborder ce sujet ou ne savent pas toujours quoi faire.

À titre de secrétaire adjoint du Collège des médecins du Québec (Collège), je ne pouvais que me réjouir du taux de participation et du professionnalisme démontré par mes pairs sur ce sujet, ainsi que de la volonté de tous de se donner des outils pour améliorer l’autorégulation de la profession.

Ma participation, à titre de conférencier et panéliste, visait, dans une perspective de protection du public, à tenter de mieux préciser les impacts négatifs du comportement perturbateur du médecin sur le patient et sa famille, sur les intervenants et l’équipe de soins, sur la profession médicale et sur l’organisation médico-administrative dans laquelle il exerce.

Ces impacts négatifs nous rappellent l’importance que revêt pour les médecins  l’obligation de chercher à venir en aide à un collègue présentant un problème de santé susceptible de porter atteinte à la qualité de son exercice1.

Cela va dans le sens de toutes les interventions effectuées par les différents conférenciers lors du colloque, qu’on pourrait résumer comme suit :

Il faut intervenir tôt pour gérer la situation, idéalement dans le milieu de travail, afin de prévenir les conséquences négatives du comportement perturbateur du médecin, plus particulièrement à l’égard de la qualité et de la sécurité des soins aux patients.

Dans l’atelier Le médecin qui dérange…, offert par le Collège, le comportement perturbateur est décrit ainsi :

« Le comportement perturbateur fait référence à une conduite inadéquate, en paroles ou en actions, qui interfère ou pourrait interférer avec la qualité des soins au patient2. »

« The disruptive physician is an interpersonal hurricane with a calm eye when he or she feels in control and violence outbursts when he or she feels out of control3. »

Quand on voit un comportement perturbateur, on ne peut faire comme si on ne l’avait pas vu. Quand on sait qu’il y a un comportement perturbateur, on ne peut faire comme si on ne le savait pas. Un médecin ne peut rester indifférent devant un ou des comportements perturbateurs que manifeste un collègue. Il doit agir!

Si le médecin n’est pas à l’aise d’intervenir pour corriger la situation, il doit être proactif et aller chercher de l’aide auprès des leaders médicaux qui l’entourent (chef de service, chef de département, directeur des services professionnels, représentant du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens, etc.), qui sauront prendre le relais. L’ACPM a d’ailleurs produit le Guide médico-légal à l’intention des médecins chefs de file dans lequel elle propose de bonnes pratiques, notamment en ce qui a trait au comportement perturbateur du médecin.

Le Dr Pierre Champagne a aussi présenté, lors du colloque, le Programme de suivi administratif des médecins ayant des problèmes de santé physique ou mentale susceptibles de compromettre l’exercice professionnel de la médecine, dont il est responsable au Collège. Ce programme offre un suivi adapté sur une base volontaire et permet au médecin de prendre conscience de ses comportements et de leurs impacts. Avec ce programme, le Collège témoigne de son engagement envers l’autorégulation de la profession et transmet du même coup un message positif aux médecins en difficulté.

Jean-Bernard Trudeau, M.D.
Secrétaire adjoint
Collège des médecins du Québec

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1 Code de déontologie des médecins, art. 119.
2 Le Collège des médecins et chirurgiens de l’Ontario (traduction)
3 Dr John-Henry Pfifferling, 1997


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