8 DÉCEMBRE 2011

Une consultation médicale n’est pas un cadeau de Noël!

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La semaine a commencé avec l’annonce par une clinique privée de « forfaits annuels » à offrir en cadeau à Noël pour avoir accès à un médecin de famille non participant au régime public et donnant droit à un certain nombre de visites (minutées d’ailleurs… ). Cette offre, en plus de choquer et de décevoir le médecin que je suis, soulève des interrogations quant au degré de tolérance d’une population en manque d’accès à des services de première ligne.

J’attribue à un naïf procédé de marketing de mauvais goût cette offre qui illustre, à mes yeux, un mercantilisme opportuniste émergent, à l’autre extrême du professionnalisme attendu de la part des médecins. Je ne peux que souhaiter que cette offre et sa forme soient rapidement oubliées et demeurent l’exception. Heureusement, la règle généralement répandue dans la profession médicale veut que ce soit les besoins du patient qui dictent l’accessibilité et la priorité aux soins, et non la capacité de payer ou la rentabilité pour une entreprise privée. Entreprise qui  sélectionne une clientèle « en santé » mais qui devrait la retourner rapidement au système public si, par malheur, la complexité des problèmes à traiter augmentait et réduisait la rentabilité du patient.

Il est temps de dénoncer publiquement ce type d’initiative commerciale qui n’améliore en rien l’accessibilité équitable aux soins et qui surtout, contribue à discréditer une profession. Ce procédé laisse faussement croire que lorsqu’un « marché » existe, la nature ayant horreur du vide dit-on, il faut nécessairement l’exploiter sans tenir compte du bien commun, de l’équité d’accès aux soins et du respect des règles déontologiques qui régissent la profession médicale.

Toutefois, si l’état du système public permet l’émergence « d’un marché à exploiter » et la proposition d’offres de services médicaux sous forme de « certificats-cadeaux », il y a certainement des questions à se poser et des correctifs à apporter pour maintenir l’équité d’accès aux soins médicaux, promise et attendue. Car si tous n’ont pas les mêmes moyens financiers pour se payer des services « privés », la maladie, elle, peut frapper sans discernement. Et cela, ce n’est vraiment pas un cadeau…

Yves Robert, M.D. 
Secrétaire
Collège des médecins du Québec