8 OCTOBRE 2014

De la fidélité…

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Depuis quelques années, plus particulièrement depuis l’abolition au Québec de la « règle des 15 ans » sur la durée des brevets, on observe la prolifération de programmes dits « de fidélisation » instaurés par des compagnies pharmaceutiques. Par l’intermédiaire de cartes de copaiement ou de bons de réduction, avec la « collaboration » de professionnels de la santé, ces compagnies offrent aux patients de se procurer un médicament au moindre coût possible ou au coût du marché. Derrière une apparence de soutien au patient, on comprend que l’objectif est le maintien, dans un marché international hautement concurrentiel, des parts de marché et des listes de prix officiels des produits pharmaceutiques.

Beaucoup d’argent est en effet investi par l’industrie pour maintenir ses parts de marché à la faveur des flous juridiques, quitte à écorcher au passage certaines règles fondamentales, telles que la liberté de choix, les obligations déontologiques des professionnels, l’équité entre patients et la confidentialité des informations du patient. Sans parler du contournement des programmes publics d’assurance médicaments…

Curieux hasard, en parallèle, on observe depuis quelques années une augmentation des pénuries de médicaments. Ce problème est suffisamment important pour que l’Ordre des pharmaciens du Québec, le Collège des médecins du Québec et les associations de pharmaciens aient publié en 2012 un rapport sur ce sujet afin d’interpeller et d’alerter tous les acteurs concernés. Les pénuries prévalent toujours deux ans plus tard et malgré de timides initiatives pour tenter, au moins, de les voir venir, on ne sent aucune volonté politique pour faire face à cette réalité. Santé Canada a commencé à se questionner sur le rôle qu’il pourrait jouer dans la résolution de ce problème en entamant une consultation sur le sujet, laquelle s’est terminée le 5 juillet 2014.

La juxtaposition temporelle de ces deux situations m’a laissé songeur. La fidélité implique que chacun des partenaires doit, en toute transparence, susciter la confiance de l’autre. Si l’on mettait autant de ressources et d’énergie à fidéliser les approvisionnements en médicaments qu’à préserver les parts de marché, peut-être favoriserait-on la mise en place des conditions facilitant l’usage approprié des médicaments.

La fidélité repose sur la confiance… et la réciprocité.

Yves Robert, M.D.
Secrétaire
Collège des médecins du Québec


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