16 JANVIER 2014

Effectuer un examen, c’est bien - S’assurer du suivi, c’est mieux

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Les médecins exerçant dans le domaine de la médecine d’investigation (laboratoires, radiologie, etc.) nous interrogent souvent sur les limites de leurs responsabilités quant au suivi des examens dont les résultats sont anormaux. Belle question…

La réponse « réglementaire et déontologique » pourrait se trouver dans l’article 32 du Code de déontologie des médecins : « 32. Le médecin qui a examiné, investigué ou traité un patient est responsable d’assurer le suivi médical requis par l’état du patient, à la suite de son intervention, à moins de s’être assuré qu’un confrère ou un autre professionnel puisse le faire à sa place. »

Certains pourraient déduire de cet article que le suivi relève de la responsabilité du médecin traitant et non du médecin consultant, lequel interprète un examen et signe un rapport ou la feuille de consultation dans le dossier du patient. Après tout, n’est-ce pas au médecin traitant de lire ces rapports et de faire le suivi ? En présumant, bien sûr, que l’appareil administratif responsable de la transmission des rapports et avis est fonctionnel et que ces documents parviennent toujours en temps opportun au médecin qui les a demandés.

Malheureusement, la réalité sur le terrain est parfois tout autre. Au cours des derniers mois, plusieurs cas nous ont été signalés où des rapports importants n’ont pas été portés à l’attention des médecins prescripteurs pour des raisons de failles informatiques, d’erreurs de distribution impliquant des facteurs humains ou administratifs, ou même de pure négligence.

Selon nous, le Code de déontologie des médecins doit être interprété dans un sens large visant à augmenter et non à restreindre le sens des responsabilités qui doit caractériser l’exercice d’un professionnel. La vraie question est : « Un professionnel peut-il être trop responsable ? ». Il ne s’agit pas ici, pour le médecin d’investigation, d’appeler le médecin prescripteur chaque fois qu’un résultat est anormal. Mais il y a des résultats anormaux dont le suivi est plus impératif que d’autres. C’est le cas de certains cancers où le facteur temps peut faire la différence entre la vie et la mort, et où l’on ne peut accepter qu’un résultat dorme quelque part sans s’être assuré d’alerter le médecin traitant et de vérifier qu’il a bien reçu le rapport. Il en va de même pour un examen qui viserait un objectif précis, mais qui révélerait une anomalie qui n’était pas initialement soupçonnée. Ainsi, une échographie de grossesse pourrait révéler la présence de masses abdominales nécessitant un suivi. Dans de tels cas, tous conviendront qu’un manque de diligence n’a pas sa place.

Un vrai professionnel se distingue par son jugement et son discernement et ne peut se faire reprocher d’être trop responsable. Il n’est pas inutile de rappeler occasionnellement ces vérités.

Yves Robert, M.D.
Secrétaire
Collège des médecins du Québec


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