12 MARS 2015

La goutte : de la rougeole, de la vaccination et d’autres choses

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L’opposition à la vaccination est née au même moment que la première vaccination, elle-même effectuée par Jenner en 1796. Il a fallu attendre Pasteur à la fin du 19e siècle pour établir les bases scientifiques de l’immunisation et lui permettre d’atteindre le niveau de développement et de succès qu’on lui reconnaît aujourd’hui. La relation que la société entretient avec l’immunisation a toujours été paradoxale. Celle-ci est à ce point efficace qu’une majorité des maladies visées a été quasi-éliminée, au point que plusieurs remettent en question son usage.

Par ailleurs, périodiquement, on associe l’un ou l’autre des vaccins à des syndromes sans étiologie précise, et pour lesquels la relation de causalité avec le vaccin est difficile à prouver. Ce fut le cas du vaccin contre l’hépatite B et le syndrome de fatigue chronique, du vaccin contre la coqueluche et l’encéphalopathie et du vaccin contre l’influenza et le syndrome de Guillain-Barré. Mais l’association ayant eu le plus de conséquences a été celle évoquée par Andrew Wakefield dans la revue The Lancet en 1998 proposant, dans une hypothèse scientifique, un lien entre le vaccin contre la rougeole et l’autisme. Aucune donnée valable ne supportait l’hypothèse, hormis la découverte de « particules virales » dans du tissu intestinal et une théorie établissant un lien avec l’autisme. Cependant, à la suite de cette publication, de nombreuses études indépendantes et méthodologiquement puissantes ont réfuté cette hypothèse.

Il aura fallu 10 ans pour qu’en 2008 les éditeurs de The Lancet avouent qu’il s’agissait d’une fraude et retirent cet article de leurs archives pour le considérer comme « n’ayant jamais existé ». Mais le mal était fait. La peur du vaccin avait amené très rapidement une chute des taux de couverture vaccinale, la survenue d’éclosions majeures de rougeole et son cortège des complications prévisibles. Et si la couverture médiatique autour de la publication de Wakefield avait été très grande, elle fut d’envergure beaucoup moindre lors de la rétractation. Dans l’esprit du public, l’hypothèse de Wakefield existe toujours. Elle continue d’être transmise à travers les réseaux sociaux et à maintenir les craintes autour du vaccin, à tel point que nous avons observé dans plusieurs juridictions nord-américaines une augmentation significative de l’activité de la rougeole, relançant sur le plan politique le débat sur la pertinence et la sécurité de l’immunisation.

Quand j’exerçais dans le domaine de la santé publique, j’avais l’habitude de dire qu’une goutte de doute avait souvent plus d’effets qu’un océan de preuves. Ironiquement, une goutte de vaccin bien administrée peut avoir la puissance d’éliminer une maladie. Le Collège des médecins réaffirme le constat scientifique largement démontré que l’immunisation reste la mesure préventive la plus efficace que la médecine puisse offrir. Il incombe à la profession médicale de continuer à informer le public des bénéfices des vaccins qui restent largement supérieurs aux risques possibles, et de contribuer à choisir et à faire choisir la bonne goutte…

Yves Robert, M.D.
Secrétaire
Collège des médecins du Québec


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