14 OCTOBRE 2015

Prescrire : un droit sans limites?

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Rédiger une ordonnance est une activité quotidienne du médecin. Ce privilège est une activité médicale réservée, intimement liée à l’exercice de la profession médicale, tel que défini à l’article 31 de la Loi médicale.

Toutefois, un tel privilège ne s’obtient pas sans conditions préalables ni sans limites. Parce que cet acte peut avoir des conséquences préjudiciables pour le patient, le médecin qui le pose doit être détenteur d’une assurance responsabilité professionnelle. Puisque c’est une activité médicale, l’ordonnance doit découler d’une évaluation préalable, d’un raisonnement clinique et d’un diagnostic ou, dans le cas d’une ordonnance d’examen, d’un diagnostic différentiel. Une fois rédigée, l’ordonnance doit être inscrite dans le dossier du patient aux fins de référence et de suivi, qu’elle soit écrite ou verbale. Plus important encore, dans le cas des médicaments, le médecin prescripteur doit connaître le médicament qu’il prescrit et s’assurer de l’absence de contre-indications ou d’interactions avec les autres produits ou médicaments utilisés par le patient. Ce qui veut dire qu’un médecin spécialisé dans un domaine pourrait parfois méconnaître les médicaments utilisés dans d’autres spécialités.

Autrement dit, pour citer un de mes mentors : « Prescrire n’est pas un acte réflexe, mais un acte réfléchi. »

Et pourtant, par sa fréquence d’exécution, cet acte médical devient routinier, voire banalisé. On renouvelle une ordonnance prescrite par un collègue, on prescrit presque sur demande pour dépanner, pour « ne pas engorger le système », pour gagner du temps, on prescrit même à ses proches et à soi-même1.

Ultimement, on prescrit même à la retraite quand on n’exerce plus : « Parce que je l’ai toujours fait, parce que cela dépanne, parce que je ne prescris que des médicaments bénins, parce que c’est mon droit… » Et ce, même si le médecin retraité ne détient pas d’assurance responsabilité, même s’il n’y a pas de dossier médical ni de suivi d’examen.

Dès juillet prochain, deux nouvelles classes de cotisation seront en vigueur : celle de membre actif et celle de membre inactif. Dans ce contexte, le Collège juge pertinent de rappeler à tous ses membres que « prescrire n’est pas banal et n’est pas un droit sans limites ». Les membres actifs seront les seuls à être autorisés à prescrire parce qu’ils répondent à toutes les conditions requises pour le faire. Les membres inactifs, quoiqu’inscrits au tableau de l’ordre, ne pourront plus exercer les activités prévues à l’article 31 de la Loi médicale, dont la prescription.

Quant à prescrire à soi-même, la prudence est de mise pour éviter de transformer l’autoprescription en « loto-prescription »…

Yves Robert, M.D.
Secrétaire
Collège des médecins du Québec

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1  Collège des médecins du Québec, Direction des enquêtes. « Prendre soin de ses proches : savoir garder une saine distance », revue Le Collège, printemps 2015, p. 14-15.


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