8 NOVEMBRE 2011

Quelle est votre question?

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Récemment, nous avons observé une augmentation de signalements et de plaintes au Collège de la part de patients nous rapportant que leur médecin, à l’occasion d’une visite avec rendez-vous, limite leur intervention à une seule question ou un seul problème, exigeant du patient qu’il prenne un nouveau rendez-vous pour chaque autre question liée à sa santé. Le Collège est interpellé et comprend la frustration bien légitime des patients. À l’heure où l’accès aux soins, particulièrement en première ligne, est difficile, où les comorbidités sont la règle et non l’exception à la faveur de l’augmentation des maladies chroniques, et où la question de la prise en charge globale du patient est le mot d’ordre, il y a de quoi s’étonner d’une pratique professionnelle restrictive à un seul problème ou une seule question à la fois. L’étonnement s’accroît davantage lorsqu’on prend en considération les dernières ententes avec les fédérations qui ont été conçues pour favoriser la prise en charge des patients, particulièrement les populations vulnérables souffrant de maladies chroniques. Alors comment doit-on interpréter ces plaintes qui reflètent un comportement que l’on souhaiterait exceptionnel mais qui semble plus fréquent qu’on le croit à première vue ? Il serait tentant de répondre rapidement qu’il est financièrement plus avantageux, dans un contexte de paiement à l’acte, de traiter un seul problème à la fois. Toutefois, les nouveaux modes de rémunération prévus aux ententes permettent maintenant d’atténuer les effets pervers du seul paiement à l’acte.

Alors de quoi s’agit-il ? Sans pouvoir répondre précisément à la question, il ne faut pas de grandes enquêtes pour comprendre que de restreindre le patient à ne lui offrir une réponse qu’à une seule question par visite n’est pas l’attitude professionnelle que l’on attend d’un médecin responsable d’appuyer son diagnostic et son plan de traitement sur une anamnèse et un examen les plus complets possibles. C’est une question de rigueur scientifique et de professionnalisme. Imaginons le patient (inquiet, soucieux et que nous souhaitons ne pas souffrir de troubles de la mémoire…) sortant du cabinet du médecin et qui n’aurait pas posé la vraie question qui le préoccupait ? « Trop tard, retournez derrière la file d’attente ».

Osons croire que ce comportement n’est qu’une dérive passagère, qui cédera le pas à une salutaire prise de conscience collective…

Yves Robert, M.D.
Secrétaire
Collège des médecins du Québec