28 JUIN 2016

Retour sur le colloque 2016 - Êtes-vous toujours compétent?

Par la Direction générale
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Plus de 330 médecins se sont réunis à l’occasion du colloque annuel du Collège des médecins du Québec qui s’est tenu le 6 mai dernier à l’Hôtel Château Laurier Québec.

Dr Charles Bernard Dr Yves Robert
1. Pourquoi le maintien des compétences est-il une priorité?

Le Dr Pierre Dussault, médecin et pilote de ligne

Le Dr Dussault a présenté une perspective intéressante, celle d’un gastroentérologue à l’Hôpital Anna-Laberge et d’un pilote d’avion pour Air Canada. Il consacre en effet trois à quatre jours par semaine à ses activités médicales et vole entre 13 et 15 jours par mois comme pilote de ligne depuis 1988. Il peut donc comparer les similitudes et les différences entre le monde médical et celui de l’aviation, particulièrement en ce qui a trait au maintien des compétences.

Sur le plan des similitudes, le Dr Dussault mentionne que le maintien des qualifications est nécessaire dans un domaine comme dans l’autre. Il est aisé de constater l’étendue et la complexité des connaissances dans les deux champs d’exercice, de même que les attentes du public et les normes de qualité élevées. Tant en médecine qu’en aviation, une licence est requise.

Sur le plan des différences, on note toutefois qu’en aéronautique, des requalifications sont nécessaires. Les différents types de licence (privée, commerciale, pilote de ligne) s’obtiennent progressivement, et le maintien de ces licences est conditionnel à une évaluation médicale. D’autres qualifications sont requises pour certaines conditions de vol et doivent être renouvelées périodiquement. Si elles ne le sont pas, ou s’il y a un échec à l’épreuve de requalification, la licence est retirée. Enfin, la fréquence des vols est importante également, et il y a un certain nombre d’heures de vols à assurer pour demeurer qualifié.

Selon le Dr Dussault, il s’agit d’un monde totalement différent de celui de la médecine.

Dr Pierre Dussault

Le Dr Dussault fait une brève recension des pires accidents, et il apparaît que le facteur humain est très important et constitue la cause première d’erreurs dans plus de 70 % des cas. Il rapporte que les aspects de la compétence qui sont en cause sont la communication, le leadership, l’établissement des priorités, la vue d’ensemble et le suivi (monitorage).

Il relate qu’en 1979, un groupe de réflexion sur le sujet des compétences a fait émerger la notion de CRM (Cockpit resource management). Avec ce concept, le travail d’équipe prend toute son importance, fait tomber les barrières hiérarchiques et optimise les ressources humaines.

Le programme de CRM a été implanté autour de 1982 et des cours sur les communications sont dorénavant donnés aux équipages. Le succès n’a pas été immédiat. Selon le Dr Dussault, à partir du moment de la mise sur pied d’un programme jusqu’à ce qu’il soit parfaitement intégré, il y a une période de latence de 10 à 15 ans, le temps que la transition soit effective. Depuis la fin des années 1990, la communication s’est grandement améliorée entre les pilotes et leurs collègues, et les accidents ont nettement diminué.

En terminant, le Dr Dussault rappelle que les rapports d’accidents aériens sont aussi très importants. Les analystes essaient de voir rétrospectivement ce qu’il faut faire pour éviter que ces événements ne se reproduisent. Même pour des incidents mineurs et sans conséquence fâcheuse, des rapports sont établis. Le Dr Dussault suggère que l’on devrait peut-être faire la même chose en médecine. Il conclut en rappelant l’importance d’apprendre des erreurs des autres.

2. Comment rester compétent?

La Dre Diane Francoeur et le Dr Sam J. Daniel, Fédération des médecins spécialistes du Québec

En introduction, la Dre Diane Francoeur, présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), rappelle l’engagement de la FMSQ envers le développement professionnel continu (DPC). Elle souligne que la FMSQ a d’ailleurs mis au point une plateforme pour promouvoir le DPC, facile à utiliser, gratuite et accessible en tout temps.

Le Dr Sam J. Daniel, responsable du DPC à la FMSQ, mentionne pour sa part que la Fédération veut optimiser et soutenir l’amélioration continue de la compétence, de la performance et de la pratique de ses membres, afin de contribuer à l’amélioration de la qualité des soins à la population.

Dr Sam J. Daniel Dre Diane Francoeur

Selon le Dr Daniel, le DPC doit être présent depuis le début de la résidence jusqu’au retrait de la pratique, en continuum. Au Canada, il n’y a pas de recertification, mais une volonté certaine de maintenir les compétences des médecins.

Le Dr Daniel présente quelques formations chapeautées par la FMSQ :

  • Les congrès annuels des 35 associations
  • Des webinaires sur des sujets variés
  • De la formation pour les formateurs
  • La journée de formation interdisciplinaire : un événement scientifique unique au Canada et un modèle de DPC utilisant une approche interdisciplinaire qui suscite l’intérêt de nombreuses communautés médicales de par le monde.

Il présente ensuite la plateforme de la FMSQ, un nouveau système de gestion des apprentissages libre de toute influence commerciale, accessible sur tout appareil électronique. Cette interface offre la possibilité de suivre gratuitement des formations donnant droit à des crédits pour les sections 1, 2 et 3 en vertu du programme du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada. Tout le contenu est approuvé par un comité pédagogique et doit répondre à des normes éthiques et pédagogiques.

Déjà plus de 10 000 membres se sont inscrits à la plateforme dans laquelle on retrouve une section d’actualités, d’activités de DPC, un catalogue de cours offerts en ligne, des sondages, une boîte à outils et une foire aux questions.

Le Dr Claude Guimond, Fédération des médecins omnipraticiens du Québec

D’entrée de jeu, le Dr Claude Guimond, responsable du DPC à la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), affirme que l’an dernier il y avait en moyenne 22,3 heures de DPC accréditées par la FMOQ pour 7300 médecins omnipraticiens du Québec. Considérant que les médecins ont généralement d’autres activités accréditées par les universités ou par d’autres organisations, la plupart d’entre eux dépassent déjà le nombre d’heures qui seront demandées par le futur règlement du Collège (soit 25 heures par année), ce qui est rassurant, selon lui.

Le Dr Guimond présente le plan d’autogestion de développement professionnel continu de la FMOQ (PADPC) qui se décline en six étapes :

  1. Profil professionnel
  2. Besoins
  3. Objectifs
  4. Planification (liste d’outils)
  5. Actions (activités)
  6. Évaluation-réflexion
Dr Claude Guimond

Le Dr Guimond mentionne que les médecins évitent parfois les formations auxquelles ils devraient pourtant participer, parce qu’ils ont peur d’être comparés à leurs pairs, à des personnes plus jeunes ou meilleures qu’eux… Pourtant, affirme-t-il, en DPC ou en simulation, le médecin est souvent comparé à lui-même, et non aux autres autour de lui.

Il rappelle que le PADPC a été mis sur pied au moment où le Collège a rendu obligatoire par résolution l’adhésion de tous les médecins à un plan de DPC en 2007. Ce plan est gratuit pour tous les membres et les résidents en médecine de famille. On compte présentement environ 6000 utilisateurs de la version en ligne.

Le Dr Guimond précise que l’interface sera reprogrammée et améliorée. La nouvelle version du plan, accessible dans quatre à six mois, sera plus facile à utiliser et intégrera différents produits de formation – programme clés en main, congrès de formation et activités du réseau – qui seront associés avec les compétences transversales à acquérir et liées aux différentes spécialités médicales. Il s’agira d’une application en ligne, qui suivra les médecins tout au long de leur cheminement professionnel.

3. Où le Collège des médecins du Québec se situe-t-il en matière de maintien des compétences?

Le Dr Ernest Prégent, directeur de la Direction de l’amélioration de l’exercice (DAE)
Collège des médecins du Québec

Le contexte professionnel au Québec

Le Dr Prégent mentionne qu’entre 2003 et 2012, 24 ordres professionnels regroupant près de 200 000 professionnels ont adopté des dispositions en matière de formation continue obligatoire.

Trois approches sont utilisées par les ordres professionnels, selon différents axes d’intervention : l’approche prescriptive, l’approche réflexive et l’approche autonomiste. Le Dr Prégent rappelle qu’en 1974, avec l’entrée en vigueur du Code des professions, les ordres ont été dotés d’un pouvoir juridique d’autorégulation, avec notamment la constitution d’un comité d’inspection professionnelle pour chacun d’entre eux.

Dr Ernest Prégent

En 1997, les services de l’inspection et de l’EMC (aujourd’hui le DPC) sont fusionnés et forment dorénavant la Direction de l’amélioration de l’exercice (DAE) du Collège. La DAE met au point des programmes d’inspection basés sur des indicateurs de qualité et des facteurs de risque, et crée un nouveau système de surveillance et d’amélioration de l’exercice.

En 2005, le Code des professions est modifié et prévoit que tout ordre peut, par règlement, déterminer des obligations de formation continue. Les ordres ont une responsabilité et doivent y faire face.

Le Dr François Goulet, directeur adjoint de la DAE au Collège des médecins du Québec

La formation continue : en faites-vous, et quel impact a-t-elle sur votre exercice?

Le Dr Goulet présente le DPC comme toute démarche destinée à un médecin ou effectuée par lui dans le but d’acquérir, de maintenir ou de parfaire ses connaissances, habiletés ou attitudes, visant à améliorer ses compétences et la qualité des soins.

Il affirme que le DPC est bien intégré à la pratique professionnelle des médecins québécois : ils en font pour maintenir leurs compétences à jour, être rassurés sur leurs compétences, réagir aux pressions des confrères, socialiser et satisfaire aux obligations déontologiques ou réglementaires.

Selon le Dr Goulet, en 2016, le DPC se vit au travail, par l’entremise d’activités accréditées, à l’aide d’Internet (webinaires, présentations asynchrones) et par des lectures. Les médecins de famille consacrent environ 110 heures par année au DPC et les autres spécialistes, 135 heures.

Des études sur les activités de DPC ont montré des impacts sur la compétence des médecins et sur l’amélioration de la santé des patients, particulièrement dans le cas des activités qui requièrent une participation active des médecins et leur donnent l’occasion d’intégrer les apprentissages. À l’opposé, un nombre réduit d’heures de DPC ou une absence de participation à des activités de DPC accréditées était l’un des facteurs associés à une piètre qualité de l’exercice.

Le Dr Goulet fait remarquer que les médecins sont peu habiles dans l’auto-évaluation de leurs compétences. Il souligne l’importance d’ajouter des éléments externes dans l’évaluation et la réflexion (littérature ou données comparatives), lesquels ont un impact sur la qualité des soins offerts et constituent les plus puissants modificateurs de la performance des médecins.

Dr François Goulet Dr Marc Billard

Le Dr Marc Billard, directeur adjoint de la DAE au Collège des médecins du Québec

Dans quelle mesure les médecins ont-ils un plan de DPC conforme?

En analysant la déclaration annuelle des membres du Collège, il s’avère que 80 % des médecins ont un plan de DPC conforme, et donc que 20 % ne répondent pas aux exigences. La DAE communique avec ces derniers et les incite à remplir leur plan de DPC. Malgré tout, 5 % des médecins n’arrivent pas à le faire correctement.

À l’aide de tableaux, le Dr Billard démontre qu’en gagnant en âge et en expérience, les médecins font de moins en moins de formation continue et croient parfois, à tort, qu’ils peuvent négliger d’avoir un plan de DPC. Comme les autres conférenciers, il affirme que les médecins doivent pourtant être aussi compétents à la fin de leur carrière qu’au début.

Le DPC n’est pas la panacée, mais il aide certainement à éviter certains manquements. Une absence de DPC ou un plan de DPC non conforme double les risques d’avoir un exercice non satisfaisant, selon le résultat des visites d’inspection du Collège.

Le Dr Ernest Prégent, directeur de la Direction de l’amélioration de l’exercice (DAE)

Où le Collège se dirige-t-il?

Le DPC est devenu incontournable pour plusieurs raisons :

  • vie professionnelle prolongée
  • mobilité accrue des patients et des professionnels
  • prolifération des nouvelles connaissances, technologies et techniques
  • attentes accrues du public face à la profession
  • défis du système public de santé
  • environnements de travail plus complexes
  • nécessité accrue de mesures de performance

Le Dr Prégent rappelle l’article 44 du Code de déontologie des médecins :

Le médecin doit exercer sa profession selon les normes médicales actuelles les plus élevées possibles; à cette fin, il doit notamment développer, parfaire et tenir à jour ses connaissances et habiletés.

Il présente ensuite le projet de règlement, qui a fait l’objet d’une consultation auprès des membres du Collège.

Projet de règlement sur le développement professionnel continu obligatoire des médecins

  • Au moins 250 heures par période de référence de 5 ans
    • Au minimum, 125 heures d’activités individuelles ou collectives approuvées par un organisme reconnu par le CMQ et 25 heures d’évaluation de l’exercice
    • Autres types d’activités qui peuvent être comptabilisées : 100 heures
      • Activités d’auto-apprentissage
      • Activités de formation collective non approuvées par un organisme reconnu
         
  • Au moins 25 heures annuellement (dont 22 heures d’activités approuvées et 3 heures d’évaluation de l’exercice).

Les activités reconnues d’évaluation de l’exercice peuvent être des activités d’évaluation du CMQ (incluant l’inspection), des ateliers, séminaires, colloques ou réunions d’équipe visant l’évaluation de la pratique au sein d’un groupe, des activités de rendement de la pratique ou un programme d’assurance qualité, ou encore des activités dans un centre de simulation. Un mécanisme de reconnaissance est prévu pour d’autres activités qui n’auraient pas été prévues au règlement.

Le nombre d’heures sera vérifié annuellement au moyen de la déclaration annuelle de DPC, au moment du renouvellement de la cotisation.

En cas de défaut, des étapes intermédiaires sont prévues, telles que : avis de défaut, délai additionnel, réflexion, évaluation de la pratique, autres interventions de remédiation. Ultimement, si le médecin refuse de se conformer, la sanction pourrait aller jusqu’à la suspension, la limitation ou la radiation.

Le projet de règlement mentionné précédemment devra passer par différentes étapes avant son entrée en vigueur.

En conclusion, le Dr Prégent souligne que le médecin inscrit au tableau de l’ordre, quel que soit son domaine d’activités, doit et devra maintenir ses compétences.

Le DPC s’avère essentiel dans le cheminement professionnel du médecin et s’inscrit dans la mission du Collège, soit d’assurer une médecine de qualité au service du public.

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