22 NOVEMBRE 2011

D’une mari à l’autre… / Marihuana Handoff

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Au cours de l’été 2011, Santé Canada a effectué une vaste consultation afin d’apporter des améliorations à son programme d’accès à la marijuana à des fins médicales qui existe depuis plusieurs années.

Le programme actuel établit un certain nombre de conditions médicales, devant être confirmées par un médecin, permettant au patient d’être autorisé par Santé Canada à posséder et à faire usage de marijuana et de s’approvisionner auprès d’un fournisseur agréé. Il limite le rôle du médecin à confirmer un diagnostic ouvrant accès à la possession et à l’usage de la marijuana, et non pas à en faire la prescription.

Or, Santé Canada éprouve un malaise à détenir des renseignements personnels de patients et à être impliqué dans la gestion quasi quotidienne du programme. Voilà pourquoi, souhaitant se désengager, Santé Canada propose de modifier le programme et de limiter son rôle au simple agrément de producteurs. Tout le reste du programme serait confié aux médecins, qui devraient dorénavant décider d’autoriser ou non l’accès à de la marijuana, pour chaque patient qui en ferait la demande.

Toutes les organisations médicales consultées ont dénoncé ce rôle de gardien confié aux médecins. Si la profession médicale reconnaît le droit d’un patient à rechercher des produits qui pourraient soulager ses souffrances, elle ne peut être complice d’une solution politique à un problème social maquillé sous une légitimité médicale. Le fait de déléguer au médecin le pouvoir de donner accès à un produit illégal, pour lequel aucune indication médicale n’est adéquatement documentée à ce jour, aurait pour effet d’exposer le médecin à des risques juridiques et sociaux non négligeables.

Lors d’une récente rencontre avec la Fédération des ordres de médecins du Canada à laquelle j’ai participé, il a été signifié aux représentants de Santé Canada que seulement trois options étaient possibles : le statu quo, la légalisation de la marijuana, ou le traitement de ce produit comme n’importe quel médicament ou traitement, c’est-à-dire dans le cadre de protocoles de recherche pouvant par la suite mener à des données probantes sur l’usage, les indications, l’efficacité et l’innocuité de ce produit.

La profession médicale ne peut être d’accord avec cette paradoxale politique cherchant en même temps à réprimer l’usage d’un produit illégal dans la société tout en voulant en faciliter l’usage et l’accès auprès d’une clientèle vulnérable et souffrante. Si la marijuana est un médicament, que Santé Canada la traite comme tel, ni plus ni moins. Si elle n’est pas un médicament, alors qu’on ne demande pas aux médecins d’en faire usage sans respecter les règles de n’importe quelle autre thérapie médicamenteuse.

Yves Robert, M.D.
Secrétaire
Collège des médecins du Québec


English version

During Summer 2011, Health Canada undertook extensive consultation on proposed improvements to its Marihuana Medical Access Program that has been in effect for several years.

The existing program sets out a certain number of medical conditions that require confirmation by a physician for a patient to obtain authorization from Health Canada to possess and use marihuana and to purchase it from an accredited supplier. The program limits the physician’s role to confirming a diagnosis that allows access to the possession and use of marihuana, and not to prescribing it.

Health Canada has been increasingly uneasy about maintaining the personal data of patients and being involved on an almost daily basis in managing the program. Consequently, in an effort to disengage itself, Health Canada has proposed changes to the program that would limit its role strictly to the basic accreditation of producers. Responsibility for the remainder of the program would fall to physicians, who would be required to decide whether or not to authorize access to marihuana for every patient that requests it.

All the medical associations that were consulted denounced this gatekeeper role to be entrusted to physicians. While the medical profession recognizes the right of patients to search out products that can alleviate their suffering¸ it cannot be complicit in a political solution to a social problem cloaked in medical legitimacy. The very fact of handing off to physicians the power to grant access to an illegal product for which there is currently no properly documented medical indication, would expose physicians to no small measure of legal and social risks.

During a recent meeting of the Federation of Medical Regulatory Authorities of Canada in which I took part, it was pointed out to Health Canada representatives that there are only three possible options: the status quo, legalizing marihuana, or treating the product as any other drug or therapy, i.e. subjecting it to research protocols that could then lead to evidentiary data on its use, indications, effectiveness and safety.

The medical profession cannot agree with this paradoxical policy that seeks, at one and the same time, to crack down on the societal use of an illegal product and to facilitate its use and access by a vulnerable and suffering patient population. If marihuana is a drug, then Health Canada should treat it as such, no more no less. If marihuana is not a drug, then physicians should not be asked to use it without complying with the regulations that govern any other therapeutic drug.

Dr. Yves Robert
Secretary
Collège des médecins du Québec