25 AOÛT 2016

Prudence dans l’utilisation de la nutrigénomique et de ses tests par les professionnels de la santé

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La génomique, qui permet la description du génome humain, est sans contredit l’une des découvertes scientifiques majeures des dernières années. On n’en mesure pas encore tous les impacts. La génomique pourrait par exemple permettre d’établir des liens entre un génome et une maladie (génomique diagnostique ou prédictive), entre un génome et l’efficacité ou la toxicité d’un médicament (pharmacogénomique) ou encore entre un génome et l’intolérance à certains nutriments (nutrigénomique). Nous sommes à l’aube des recherches dans ces domaines que l’on appelle généralement « soins de santé personnalisés » ou « médecine de précision ». Si les connaissances se précisent aujourd’hui davantage dans le domaine de la pharmacogénomique, et particulièrement dans le traitement de certains cancers, la prudence est de mise dans les autres secteurs, soit la médecine prédictive et la nutrigénomique.

La recherche en nutrigénomique vise notamment à mieux personnaliser les plans de traitement nutritionnel et à cibler les sous-groupes de la population à risque dont l’état nécessiterait des recommandations nutritionnelles adaptées à leur situation.

Face à l’intérêt grandissant pour des services en nutrigénomique, plusieurs entreprises offrent des tests à partir de cette technologie. Les profils nutrigénomiques ainsi produits visent deux objectifs : évaluer le risque médical et/ou nutritionnel et mesurer la sensibilité d’un individu à un nutriment. Dans les deux cas, le résultat attendu permettrait d’émettre des recommandations nutritionnelles personnalisées afin de maintenir ou d’améliorer la santé.

Ce qu’il faut retenir pour le moment de la nutrigénomique :
  • Les tests de nutrigénomique présentent actuellement une faible valeur prédictive du risque.
  • Les preuves scientifiques sont insuffisantes pour appuyer la mise en place d’interventions utiles ou efficientes en pratique clinique.
  • Aucune ligne directrice n’encadre ou ne soutient son utilisation hors du domaine de la recherche.
  • Le recours à cette technologie dans un contexte clinique doit être justifié par une valeur ajoutée pour le client, comparativement aux approches actuelles.
  • Les professionnels doivent être compétents dans ce domaine et mettre à jour leurs connaissances.
  • La protection des renseignements personnels, la portée familiale des résultats et les conflits d’intérêts sont des enjeux importants à surveiller.
  • La collaboration interdisciplinaire et la gestion des résultats doivent être planifiées et établies bien avant l’utilisation de la technologie.

L’évolution de la médecine et de la nutrition sera de plus en plus liée à l’essor de la génomique. En adaptant son approche et ses recommandations à l’intégration de cette nouvelle science, le professionnel de la santé ne doit jamais oublier de placer l’intérêt du patient au centre de son intervention et d’éviter de poser des actes superflus. En conclusion, il doit faire preuve de la plus grande prudence puisque la valeur scientifique de ces tests, dans un contexte clinique, n’a pas encore été suffisamment démontrée. Pour en savoir davantage, consultez l’article accessible dans le site Web de l’Ordre professionnel des diététistes du Québec1.

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1 Une collaboration de l’Ordre professionnel des diététistes du Québec, du Collège des médecins du Québec et de madame Béatrice Godard, Groupe de recherche OMICS-ETHICS, École de santé publique, Université de Montréal.