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Bandelettes sous-urétrales

Une enquête menée par le Collège
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Le 21 novembre 2019, à la suite de la diffusion d’un reportage à l’émission Enquête de Radio-Canada, et conformément aux dispositions des articles 16 à 18 de la Loi médicale, le Collège des médecins nommait le Dr Yves Robert pour faire enquête sur les effets indésirables liés à la mise en place d’une bandelette sous-urétrale. On trouvera dans cette page les informations clés à connaître concernant la situation entourant l'enquête du Collège sur les bandelettes

Définition
Une bandelette sous-urétrale est un petit treillis de polypropylène (ressemble à un filet) utilisé en chirurgie pour corriger l’incontinence urinaire à l’effort, un type de fuite qui se produit pendant une activité comme le rire, la toux ou l’exercice. La bandelette sous-urétrale est mise en place pour prévenir ou réduire considérablement les pertes d'urine pendant ces activités. La bandelette reste dans le corps de façon permanente.

Contexte et mandat

Les bandelettes sous-urétrales sont commercialisées et recommandées par les médecins depuis une vingtaine d’années pour traiter l’incontinence urinaire à l’effort de la femme. Au moment de leur mise en marché, elles ont été considérées comme étant la méthode à privilégier pour le traitement de l’incontinence urinaire, en raison de la simplicité de l’intervention visant à la mettre en place, lorsque comparée aux méthodes antérieures (notamment la colposuspension de Burch). 

Bien que la mise en place d’une bandelette sous-urétrale soit perçue comme une solution simple et efficace au problème d’incontinence à l’effort pour la grande majorité des femmes chez qui ce dispositif médical a été mis en place, environ 10 % des femmes éprouveraient des effets indésirables dont les principaux sont la douleur pelvienne, la perte de fonctionnalité des membres inférieurs et l’érosion de la paroi vaginale. La qualité de vie et la santé de ces femmes se trouvent, dans certains cas, grandement compromises.

Avis de Santé Canada

Dès 2010, Santé Canada émettait un avis à l’intention des hôpitaux au sujet des complications associées à l’implantation transvaginale de treillis chirurgical dans le traitement de l’incontinence urinaire à l’effort et du prolapsus des organes pelviens.

Dans cet avis, Santé Canada faisait état des complications associées à la mise en place d’une bandelette, et recommandait notamment aux médecins « d’informer les patientes au cours de la consultation précédant la chirurgie des divers événements indésirables qui peuvent survenir. Même si l’implantation transvaginale de treillis chirurgical est en général considérée permanente, il peut s’avérer nécessaire d’effectuer des interventions chirurgicales additionnelles, lesquelles ne permettent pas toujours de traiter complètement certaines complications potentielles. »

En 2014, Santé Canada publiait un deuxième avis  sur ce sujet et émettait alors des recommandations particulières à la mise en place d’une bandelette pour le traitement de l’incontinence urinaire à l’effort, notamment d’« offrir une consultation préopératoire pour renseigner les patients sur tous les traitements possibles. Ces possibilités peuvent inclure les traitements non chirurgicaux ainsi que les traitements chirurgicaux (avec ou sans treillis). Assurez-vous que les patients soient pleinement conscients des risques et des avantages de chacun des traitements et fournissez-leur de la documentation écrite, notamment l’étiquette du dispositif, si elle est disponible. »

L’émission Enquête

En mars 2019, l’émission Enquête de Radio-Canada a diffusé un reportage sur le cas d’une patiente, Mme Cynthia Gagné, aux prises avec des effets indésirables importants à la suite de la mise en place d’une bandelette sous-urétrale. Le reportage faisait état de l’avis de deux urologues québécois quant à l’approche à privilégier pour solutionner les problèmes de Mme Gagné.

Peu convaincue de la solution proposée (un retrait partiel de la bandelette), la patiente a trouvé, par le biais du Web, un médecin aux États-Unis qui préconise le retrait complet de la bandelette, arguant que le retrait partiel ne suffirait pas à résoudre le problème de la douleur et qu’il rendrait beaucoup plus difficile une réintervention pour retirer les parties résiduelles. Le médecin dit avoir effectué plusieurs centaines de chirurgies de retrait complet de la bandelette, auprès de patientes qui viennent des quatre coins de la planète pour le consulter. Le reportage se concluait avec la décision de Mme Gagné d’aller à Saint-Louis (Missouri) pour se faire opérer, à ses frais, par ce docteur.

Un deuxième reportage sur le même sujet a été diffusé le 28 novembre 2019. Dans ce reportage, on constatait le nombre important de femmes (plusieurs centaines) qui s’étaient reconnues dans l’histoire de Mme Gagné. On soulignait les difficultés, pour les femmes concernées, de faire reconnaître leurs symptômes par les urologues québécois, et, surtout, le lien entre ces symptômes et la bandelette sous-urétrale. On y présentait aussi le cas d’une patiente ayant subi une intervention de retrait de sa bandelette par un médecin québécois, qui l’a informée que toute la bandelette avait été enlevée, alors que le protocole opératoire et le rapport de pathologie infirment cette assertion.

La patiente présentant toujours des effets indésirables importants à la suite du retrait de la bandelette, celle-ci est allée aux États-Unis consulter un médecin et a subi une deuxième chirurgie au cours de laquelle des parties résiduelles importantes de la bandelette, restées en place à la suite de l’intervention du médecin québécois, ont été retirées. Le reportage mettait en lumière le bris de confiance entre les femmes aux prises avec des effets indésirables liés à la bandelette sous-urétrale et les urologues du Québec

Enfin, le reportage soulignait que les femmes ayant été opérées aux États-Unis avaient dû assumer les coûts de leur chirurgie (environ 25 000 $) et que la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) refuse de rembourser ces femmes, invoquant que le traitement est disponible au Québec.

Recours collectifs

Il faut également mentionner le nombre relativement important de recours collectifs intentés un peu partout dans le monde contre les compagnies ayant commercialisé l’un ou l’autre des modèles de bandelette sous-urétrale, et le fait que ces recours collectifs sont soit en cours, soit conclus au détriment des compagnies poursuivies.

Au Canada, un recours collectif a été inscrit en 2012. Ce recours est encore en instance. Un recours a également été déposé la même année au Québec. Selon les informations disponibles, les requérants n’ont pas encore obtenu l’autorisation de procéder.

FIN DES SECTIONS

Attentes des patientes envers le Collège

Les patientes concernées demandent au Collège de les prendre au sérieux, de faire des recommandations à ses membres pour que ceux-ci s’assurent d’obtenir un consentement éclairé préalablement à la mise en place d'une bandelette, et d’identifier les experts pouvant leur retirer les bandelettes en toute sécurité.

Elles demandent également que le Collège intervienne auprès de la RAMQ pour rembourser, du moins en partie, les femmes qui ont fait le choix de se faire opérer aux États-Unis. Ces femmes seraient actuellement plus d’une quarantaine.

Mandat des enquêteurs

Le 21 novembre 2019, conformément aux dispositions des articles 16 à 18 de la Loi médicale, le comité des requêtes du Collège a mandaté le docteur Yves Robert pour faire enquête sur les effets indésirables liés à la mise en place d’une bandelette sous-urétrale, et, particulièrement :

  • de définir, avec l’aide de certaines patientes, la nature des problèmes de santé ressentis;
  • d’effectuer une revue de littérature sur l’état des connaissances scientifiques à ce sujet;
  • de consulter tout expert dans le domaine afin de dégager les meilleurs traitements actuellement disponibles;
  • d’établir un modèle d’évaluation et de prise en charge des patientes présentant des effets indésirables à la suite de la mise en place d’une bandelette sous-urétrale;
  • de mobiliser les acteurs nécessaires à la mise en place des conditions permettant d’organiser et d’offrir des services d’évaluation et de prise en charge aux patientes concernées;
  • d’émettre toute recommandation nécessaire pour la prévention des effets indésirables liés à la mise en place d’une bandelette sous-urétrale et pour la prise en charge future des patientes concernées; 
  • de formuler l’information standardisée requise afin d’obtenir le consentement libre et éclairé des patientes avant la pose de bandelettes urétrales;
  • de lui faire rapport dans les meilleurs délais.

Documents de référence 

Résultats de l'enquête menée par le Collège
Articles publiés dans le site Web du Collège
Dernière mise à jour : 16 juin 2020