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De nos médecins retraités à nos médecins au front

Des mots de sagesse et d’encouragement en cette Journée nationale des médecins
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Alors que la situation s’intensifiait dans les milieux de soins, notamment en CHSLD, et que la plupart des médecins étaient courageusement mobilisés à combattre la pandémie, je cherchais une manière d’offrir une dose supplémentaire de soutien moral aux équipes sur le terrain.

Et puis, cela m’est venu comme une évidence : qui de mieux placé pour offrir ce soutien que nos médecins retraités?

Ces femmes et ces hommes qui ont passé une partie de leur vie à sauver celle des autres peuvent bien comprendre le stress et la pression que vivent les professionnels en place.

Nos médecins retraités ont surmonté leur lot de défis au fil des années. Quels apprentissages en ont-ils tirés? Quels messages souhaitent-ils livrer aux médecins qui sont actuellement au front?

Il y a quelques semaines, j’ai lancé un appel à ces collègues qui, bien que contraints de suivre la situation avec une certaine distance, n’en demeurent pas moins interpellés par cette urgence sanitaire. Plusieurs ont généreusement accepté de partager leur expérience et leurs mots d’encouragement, et j’ai l’honneur de vous présenter une sélection de ces textes aujourd’hui. 

Merci à tous ceux qui ont envoyé leurs témoignages. Je suis fier de constater les élans de solidarité qui existent entre nos membres et je trouve que cela revêt un sens tout particulier en cette Journée nationale des médecins.

J’ai la ferme conviction que les mots ont le pouvoir d’apporter de l’apaisement et du courage à ceux qui les reçoivent. Médecins au front, les quelques mots qui suivent vous sont dédiés. Puissiez-vous y trouver une source d’inspiration et de sagesse en cette période exigeante.

Mauril Gaudreault
Président
Collège des médecins du Québec

Témoignages

Témoignages de médecins retraités


Je loue votre courage et votre engagement en ces temps intenses et dangereux.
Dans les moments difficiles, c’est le travail d’équipe qui fait la différence. Vous n’êtes pas seuls.

Même si vous êtes débordés : soutien, encouragement, humour et toute marque d’attention à l’autre, si minime soit-elle, sont de petits/grands cadeaux.

Souvenez-vous que vous travaillez sur un dossier immense, partagé par l’humanité entière. Et qu’un jour, vous pourrez dire: « Mission accomplie ».

Dre Ginette Varin, médecin de famille retraitée
Cookshire-Eaton


Au cours de ma carrière, j’ai été confronté à une nouvelle et terrible maladie : le SIDA.

Au début, l’agent causal n’était pas clairement identifié. Plusieurs malades présentaient une atteinte respiratoire et nos confrères microbiologistes nous demandaient de pratiquer une bronchoscopie afin de préciser la nature de la pathologie pulmonaire. 

À l’Hôtel-Dieu de Montréal, les bronchoscopies se faisaient à l’époque dans une salle jouxtant le bloc opératoire et l’endoscopiste devait porter deux masques chirurgicaux, revêtir une grande jaquette verte et chausser des bottillons en tissu par-dessus ses chaussures. La salle était par la suite fumigée à l’aide d’un puissant désinfectant. Les malades étaient isolés, soit dans des chambres privées, soit à « l’unité d’infection ».

Au moment de la visite médicale et avant d’entrer dans la chambre du patient, le personnel devait à son tour revêtir chapeau, masque, jaquette, gants, bottillons. C’était jadis… un peu comme aujourd’hui… et nous avons réussi.

J’encourage nos jeunes collègues, pneumologues, infectiologues, intensivistes, tous ces anges gardiens et tout le personnel du réseau de la santé à poursuivre leurs efforts, car je sais que « ça va bien aller »…  comme jadis! 

Dr Philippe Bolduc, pneumologue retraité
Les Éboulements


Je suis fier de ce que j'ai accompli pour notre système de santé dans des conditions qui n'ont pas toujours été faciles. Je suis d'autant plus fier de la relève qui se dévoue corps et âme pour juguler un fléau qui exige dépassement, courage et abnégation.

Ils peuvent compter sur le soutien moral de leurs aînés, qui admirent leur détermination devant l'adversité, avec des ressources souvent déficientes qui heureusement stimulent leur créativité. 

On nous demande de répondre présent. Oui, nous sommes là.
Comme dirait Ferland : « Une chance qu’on s’a ! »

Dr Léon Dontigny, chirurgien retraité 
Mont-Royal


Permettez-moi de souligner le magnifique travail du directeur national de santé publique et de ses équipes, tant au niveau central que régional et local. Je voudrais surtout louer l’approche globale et humaine du Dr Arruda dans sa façon de conseiller le premier ministre.
            
Lors de l’épisode appréhendé de H1N1 il y a quelques années, j’ai vécu sur le terrain beaucoup de frustrations parce que le rôle de leader avait été confié, par décision gouvernementale, à la Sécurité civile qui, bien qu’importante comme soutien à une telle opération, ne pouvait remplacer la Santé publique, comme on en a la preuve pendant cette pandémie.

Près de 50 ans se sont écoulés depuis la mise en place des départements de santé communautaire et après toutes ces années, nous avons maintenant la preuve du rôle essentiel de la Santé publique dans notre société.

Dr Michel Y. Pelletier, ancien directeur national* de santé publique (1985-1988) 
Québec

* À l’époque, l’appellation de cette fonction ministérielle ne comportait pas le terme « national ».


Bon courage! Et protégez-vous. La fatigue pourrait fort bien augmenter le risque de complications en cas de contamination. On ne veut pas faire d’étude sur ce sujet! On ne veut juste pas de médecin contaminé. 

Nous travaillons en équipe, mais il faut s’assurer qu’il y a une communication efficace entre les patients, l’équipe médicale et la personne à contacter en cas d'urgence. Les familles sont maintenues à l’écart et l'absence d’information fait monter l’anxiété en flèche, à la fois chez les aidants et chez les patients. Les complications arrivent plus volontiers chez les plus âgés, chez qui il y a en même temps des problèmes relatifs à la perte d’autonomie et aux troubles cognitifs. Ces personnes ont besoin de leurs aidants, pour les aider à comprendre et à décider, pour exprimer leurs peurs, leurs émotions, pour recevoir du réconfort. 

Les médecins doivent mettre en priorité la communication avec les aidants naturels, et ce, malgré la surcharge de travail et les adaptations qui s’imposent à toute vitesse.  Ce travail se partage, mais doit être fait!

Dre Pauline Desrosiers, médecin de famille retraitée
Montréal


Soyez flexibles et pratiques! Ce sont les principaux ingrédients du succès, il me semble, de ma gestion de la « crise du méningocoque » fin décembre 1991 dans l’Outaouais, avec plus de 1200 doses de prophylaxie distribuées en trois jours, puis, à partir de mi-janvier, la vaccination de quelque 60 000 enfants et ados en un mois (alors qu'il n'y avait que 19 doses de vaccins disponibles au Québec!). Mon expérience clinique sur le terrain a inspiré mon organisation et bien sûr, la réponse immédiate et efficace de personnes clés a énormément aidé.

Bon courage à tous ceux qui sont en première ligne! 

Dre Thérèse Bouchez, médecin retraitée en santé publique et médecine préventive
Montréal


La devise attribuée à Ambroise Paré, père de la chirurgie moderne, définit très bien les rôles, les objectifs et les limites du médecin :

« Guérir parfois, soulager souvent, soigner toujours »

Ces quelques mots sont encore d'actualité et méritent d'être rappelés à l'attention de nos collègues.

Dr Bernard Gélinas, médecin de famille retraité
Quyon


Je suis un médecin de famille retraité, âgé de 83 ans, qui a pratiqué la médecine pendant 54 ans dans la région de Québec. En tant que médecin, j’ai vécu plusieurs crises.

En 1968, j'ai vécu la pandémie de « grippe de Hong Kong ». Beaucoup de travail, à peu près sans protection, dans tous les milieux, mais pas de souvenir de grand dommage. 

En 1970, il y a eu la Crise d'Octobre, marquée par les attentats terroristes du FLQ, la grève des médecins spécialistes et les mesures de guerre de Trudeau père. Un climat de peur et de suspicion s'était installé dans la ville. Pendant les 10 jours de cette grève, mes confrères et moi étions sur la ligne de front de l'Hôpital du Saint-Sacrement, l'un des deux hôpitaux désignés (avec l'Hôpital de Levis) pour recevoir les urgences. Nous étions en poste 16 heures par jour et affrontions toutes sortes de pathologies, avec des moyens limités. Aucun moment de découragement ni idée d'abandonner. Guidés par le sens du devoir et des responsabilités, nous sommes sortis grandis de cette crise.

En 1976, la « grippe porcine » a fait surtout des ravages aux États-Unis, peu au Canada. Je la mentionne, car elle m'avait foudroyé. Depuis cette date, je n'ai jamais manqué de recevoir le vaccin antigrippal.

Vers la fin des années 1980, la polyarthrite rhumatoïde m'a atteint. Obligé de recevoir des médicaments immunosuppresseurs, j'ai dû adopter des mesures de protection plus strictes (lavage des mains, gants, masques, jaquette, désinfection des instruments). Travaillant presque exclusivement en gériatrie, dans plusieurs CHSLD tant privés que publics, j'ai affronté plusieurs éclosions de grippe dans ces institutions, sans manquer une seule journée ni être malade. 

La porte d'entrée du virus grippal est le personnel soignant et souvent les visiteurs. Le milieu de vie que l'on veut recréer dans ces résidences, par les rassemblements à l'heure des repas, par les activités récréatives et les offices religieux, favorise la propagation des infections. De plus, il n'est jamais facile d'identifier à temps le premier cas pour l'isoler, car plusieurs de ces malades sont des tousseurs chroniques. Pour ma part, je n'ai aucune difficulté à comprendre ce qui se passe à l'heure actuelle dans les CHSLD.

Je crois que les médecins de famille doivent exercer un rôle de leader dans les milieux de soins prolongés. On doit être présent auprès des malades et du personnel pour les accompagner, les soutenir et leur enseigner les moyens de prévention et d'examen des malades, pour mieux traiter ces derniers et limiter les dégâts.

Dr Michel J. Drolet, médecin de famille retraité
Saint-Augustin-de-Desmaures


Chers collègues,

C’est en toute simplicité et avec beaucoup d’émotions que je vous partage les lignes qui suivent. Ne pouvant être avec vous tous actuellement sur la ligne de front, c’est ma façon de vous signifier ma solidarité.

En tant que médecin coopérante en Guinée-Bissau, en Afrique… 
J’ai vécu les défis du quotidien, la force incroyable du travail d’équipe et nos immenses capacités d’adaptation. Puiser dans notre créativité, oser pour soigner et sauver des vies et surtout continuer d’y croire, jour après jour, malgré les ressources tellement limitées du milieu. Donner de mon maximum, même si, par moments, je me sentais profondément et tellement seule!

En tant que médecin en CLSC auprès des demandeurs d’asile…
Pendant plus de 25 ans, j’ai choisi d’accueillir des hommes, des femmes et des enfants qui frappent à notre porte parce que leurs vies sont menacées dans leur pays. Côtoyer les conséquences de la bêtise humaine au quotidien fait appel à beaucoup de nos ressources personnelles et professionnelles. Croire que je contribue à la vie, au mieux-être et à la guérison de lourdes blessures de la vie permet de continuer d’avancer.

En tant que médecin devenue patiente…
C’est en passant du fauteuil du médecin à la chaise de la patiente à différentes reprises, de la salle d’attente à la salle d’opération et aux soins intensifs, de la salle de radiothérapie au fauteuil de la chimiothérapie que j’ai tellement mieux saisi ce que vivent nos patients. Un regard, un sourire, une poignée de main, une écoute et un mot d’encouragement de mes médecins ont été des aides essentielles et vitales, des ressources de guérison. Combien de fois me suis-je accrochée intérieurement à la confiance envers mes médecins et le personnel soignant. Le médecin fait partie de la guérison!

Je vous partage une réflexion écrite dans le contexte de mon vécu personnel de patiente. Cette réflexion est tellement appropriée à la réalité actuelle de la COVID-19.

Les grandes secousses de la vie
nous font découvrir et apprivoiser
les forces insoupçonnées qui nous habitent.

En solidarité et de tout cœur avec vous tous,

Dre Renée Pelletier, médecin de famille retraitée
Montréal


Plus fiers et plus forts, après la COVID, nous nous souviendrons :

  • que la santé commence là où vivent les gens;
  • que les bonnes habitudes préviennent les maladies;
  • que l'accès à  des conseils habilite et mobilise les personnes;
  • que la population comprend ce qu'on explique avec les bons mots;
  • que les services de santé publique et de proximité sont des services essentiels;
  • que le partage des responsabilités entre professionnels est gage de collaboration;
  • que les actes réalisés par voie téléphonique et la livraison facilitent la vie des usagers;
  • que les services hospitaliers sont un déterminant parmi plusieurs de la santé.

Ainsi, plus fiers et plus forts nous continuerons à façonner un système de santé performant et humanisé qui englobe la promotion de la santé, la prévention des maladies, les services de proximité dans les milieux, les soins de santé mentale et physique de première, deuxième et troisième lignes, dans cet ordre et sans laisser personne derrière. 

Ça va bien aller!

Dre Louise Soulière, médecin de famille et de santé publique retraitée
Ulverton

Dernière mise à jour : 1 mai 2020