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L’interruption volontaire de grossesse en temps de pandémie

Rappel des responsabilités du médecin
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Au cours des dernières semaines, le Collège a reçu des signalements selon lesquels l’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) chirurgicale était actuellement restreint. Cette situation proviendrait d’une interprétation des politiques en cours, laissant croire que les soins d’IVG lorsque la gestation est de moins de 9 semaines doivent être dispensés par télémédecine, sans échographie de datation, au moyen de la prescription et d’une prise à domicile de la pilule abortive. Or, certains médecins ont exprimé leur inconfort à se soumettre à de telles procédures et à prioriser l’IVG par pilule abortive (ou IVG médicamenteuse) alors que ce n’est pas le choix de la patiente.

Il apparaît en effet inquiétant de considérer l’IVG médicamenteuse comme une simple « pilule pouvant être prise à la maison », selon certains propos rapportés. Rappelons que cette pratique ne se limite pas à la prescription d’un médicament, mais s’inscrit dans un continuum de soins. Il revient au médecin de sélectionner les cas cliniques pour lesquels il considère que la prestation de soins d’IVG par télémédecine est sécuritaire et appropriée, en s’assurant de répondre également à ses obligations professionnelles. 

Bien que le Collège partage le souci de rendre les soins d’IVG accessibles, il est primordial que le médecin saisisse bien les responsabilités qui lui reviennent dans le contexte particulier de la pandémie. Voici quelques balises importantes :

  • Les soins d’IVG, quelle que soit la durée de la gestation, ne font pas l’objet de délestage, selon les directives du ministère de la Santé et des Services sociaux, et demeurent donc accessibles.
  • Les femmes doivent être respectées dans leur choix de technique (IVG chirurgicale ou médicamenteuse), à moins que certains milieux ne puissent maintenir l’offre de ces services. 
  • Les équipes médicales doivent appliquer les recommandations présentées par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) pour la prévention et le contrôle des infections en lien avec la COVID-19. Elles doivent également être au fait de toute éclosion qui pourrait représenter un risque infectieux pour les femmes.
  • Le médecin doit exercer son jugement clinique, et soupeser les risques/bénéfices des téléconsultations par rapport aux soins d’IVG dispensés en personne. Certaines procédures se prêtent plus facilement à la téléconsultation (ex. : évaluation pré-IVG, suivi). Toutefois, certains médecins choisiront de procéder à une évaluation de la patiente en présentiel, notamment dans un contexte où l’anxiété et l’ambivalence peuvent être exacerbées par la crise sanitaire.
  • Malgré la pandémie, le médecin demeure responsable d’évaluer la faisabilité d’une IVG par télémédecine, et d’appliquer la même rigueur dans sa démarche clinique.
  • Le médecin doit élaborer ses diagnostics avec la plus grande attention (évaluation pré-IVG, demande d’examens, suivi des examens, suivi post-IVG, etc.). Le Collège considère que, pour assurer une sécurité accrue des patientes, l’échographie pelvienne demeure un examen de choix pour préciser l’âge gestationnel et localiser la grossesse. Compte tenu de certains facteurs (délais, accessibilité limitée à l’échographie, éclosion dans un milieu, etc.), le médecin pourrait préconiser d’autres approches afin de déterminer l’âge gestationnel, d’exclure une grossesse ectopique ou de faire ressortir les particularités recherchées. Il doit alors recourir aux meilleurs moyens à sa disposition afin de pallier l’absence de données échographiques. 

En conclusion, le médecin doit encourager le dialogue pour établir, dans une décision partagée avec la patiente, le meilleur choix d’intervention (IVG médicamenteuse ou chirurgicale), en prenant en considération les avantages et les risques de chacune de ces techniques, et les réalités de son milieu de pratique. Bien que le médecin puisse adapter sa démarche en téléconsultation, toutes les femmes qui souhaitent une IVG ont droit à une évaluation rigoureuse, à l’accompagnement et au soutien requis par leur état, aux examens appropriés, et à une prise en charge complète en cas d’issue défavorable. 

Les obligations du médecin ne peuvent être limitées par des politiques, et c’est pourquoi le recours au jugement clinique demeure plus que jamais nécessaire afin d’adapter la pratique de l’IVG au contexte de la pandémie, sans compromettre la qualité des soins offerts. 

Pour en savoir davantage

Consultez également les nombreux avis en matière de prévention et de contrôle des infections publiés sur le site de l’INSPQ. 

Dernière mise à jour : 24 février 2021