Back to news

Sécurisation culturelle et soins de santé - 5 questions à la Dre Louise-Josée Gill

Actualités

09/29/2023

La sécurisation culturelle porte-t-elle fruit sur le terrain? Nous en discutons avec la Dre Louise-Josée Gill, médecin de famille au Centre de santé de Mashteuiatsh ainsi qu’à l’Hôpital de Roberval. Investie dans plusieurs initiatives visant des soins culturellement adaptés et sûrs, la Dre Gill est originaire de la Première Nation des Pekuakamiulnuatsh.

1. Que pensez-vous de la démarche de sécurisation culturelle, en cours dans plusieurs organisations actuellement?

Je crois que les approches de sécurisation culturelle sont cruciales pour rectifier les injustices historiques. Elles favorisent l'épanouissement et l'engagement des communautés marginalisées. Évidemment, il est difficile de mettre en œuvre les démarches ayant pour objectif la sécurisation culturelle, mais il faut poursuivre le dialogue entre les différents acteurs afin d’y parvenir d’une manière respectueuse et dépourvue de discrimination. Personnellement, je suis très fière du chemin parcouru au cours des dernières années et je suis convaincue que nous allons toutes et tous bénéficier d'une manière ou d'une autre de ces démarches, qui nous amènent à faire preuve d’inclusion et de sensibilité à l’égard des réalités d'autrui.

2. Quels sont à votre avis les préjugés les plus tenaces au sujet des personnes autochtones dans notre société?

De nombreux préjugés circulent encore dans notre société et nous avons toutes et tous le devoir d'y remédier. Je crois qu’ils découlent d’une méconnaissance des peuples autochtones. Au Canada, on perçoit encore l’Autochtone tantôt comme un être paresseux ou alcoolique, tantôt comme un sage vivant en parfaite harmonie avec la nature. Ces stéréotypes continuent d’être véhiculés dans les médias. Or il est difficile pour les Autochtones de trouver leur place dans la société en présence de préjugés et de stéréotypes aussi tenaces. Comment s’identifier en tant qu’Autochtone si on ne correspond à aucune des images préconçues? C’est un peu comme s’il fallait justifier le fait qu’on ne répond pas aux stéréotypes.

3. Certains patients autochtones évitent de fréquenter le réseau de la santé. Cette méfiance est-elle toujours fondée à votre avis?

Oui et non. Il y a de nombreuses initiatives visant à améliorer l'accès aux services et bien que nous ne puissions pas encore parler de système totalement équitable, on constate beaucoup plus d'ouverture et de respect que par le passé. Nous avançons sur le bon chemin. En revanche, la méfiance demeure justifiée puisqu'elle repose sur le vécu de plusieurs générations, qui ont subi des expériences traumatisantes au sein de ce système. Il faudra du temps, de la patience et de l'humilité pour graduellement estomper les effets de cette méfiance.

4. Que manque-t-il actuellement dans le réseau de la santé afin que les patients autochtones s’y sentent à l’aise?

Il est bien connu que notre système de santé est fortement teinté par les approches colonialistes. Je ne crois pas qu'il y aura de réforme suffisamment puissante pour y remédier. Toutefois, de nombreuses initiatives peuvent améliorer l'expérience du patient, que ce soit les formations en sécurisation culturelle, les services de santé qui tiennent davantage compte des traditions autochtones, la disponibilité des services de traduction ou différentes mesures pour favoriser l'accès aux soins. Tout cela peut grandement aider. 

À mon avis, la clé du succès réside dans l'implication et le leadership autochtone! Il faut permettre aux Autochtones de décider et de participer à la mise en place des mesures pour améliorer notre système.
Dre Louise-Josée Gill, Médecin de famille au Centre de santé de Mashteuiatsh ainsi qu’à l’Hôpital de Roberval

5. Vous êtes d’origine innue et vous avez étudié la médecine occidentale. Comment cela influence-t-il votre vision de la santé?

Il est difficile pour moi de répondre à cette question, puisque je n'ai pas le recul suffisant sur ma pratique pour bien circonscrire les approches qui viennent de ma culture, comparativement à ce qui est attribuable à ma formation. En toute humilité, j'ai l'impression que ma vision de la santé est plus globale et holistique que ce qui m'a été enseigné. J'ai plus de facilité à adapter mes approches thérapeutiques en tenant compte des différentes facettes de la personne et de son environnement. Sans en être tout à fait consciente, je crois que ma pratique respecte la philosophie derrière la roue de médecine* d'une certaine manière.

*La roue de médecine (ou cercle de vie) est un symbole représentant la vision du monde des Autochtones et leur philosophie du bien-être et de la santé.

Dre Louise-Josée Gill,
Médecin de famille au Centre de santé de Mashteuiatsh ainsi qu’à l’Hôpital de Roberval

Originaire de la Première Nation des Pekuakamiulnuatsh, la Dre Louise-Josée Gill est médecin de famille au Centre de santé de Mashteuiatsh ainsi qu’à l’Hôpital de Roberval. Professeure à l’Université de Sherbrooke, elle y est également coresponsable de la thématique santé et mieux-être des Premiers Peuples au sein du Bureau de la responsabilité sociale. Investie dans plusieurs initiatives visant des soins culturellement adaptés et sûrs, elle est membre du groupe de travail consultatif du CMQ pour la mise sur pied d’une formation de base en sécurisation culturelle des soins de santé.

Imprimer