Le patient orphelin 

Lisez le mot du président du 28 mars 2024.

On dit que plus de 2 millions de citoyens québécois sont toujours sans médecin de famille, tandis qu’environ 170 000 patientent sur une liste d’attente en chirurgie.

On impute la situation à la pandémie, au départ à la retraite des médecins de famille, au désintérêt des étudiants pour cette branche de la médecine ou à la bureaucratie.

Les travailleurs sociaux dénoncent à leur tour cette bureaucratie, qui leur fait passer des heures à remplir des formulaires plutôt qu’à prendre soin de la patientèle.

Moins de formulaires, plus de soins

Nous ignorons quelles seront les priorités de la personne qui dirigera Santé Québec à compter du mois prochain, mais d’entre toutes, dès son arrivée, sa « priorité prioritaire » devra être de mettre fin à cette bureaucratisation de la santé.

Dans un réseau qui devient de plus en plus inaccessible à un plus grand nombre de personnes et où la télémédecine côtoie les primitifs « fax », il doit se donner un sérieux coup de barre. Il faut procéder à de profondes remises en question.

Pendant que les soignants remplissent des formulaires pour tout un chacun, ils ne soignent pas. Et rien n’indique clairement que ces formulaires améliorent d’une quelconque manière la qualité ou l’accès aux soins.

Les soignants font largement leur part en œuvrant dans des conditions pénibles, démotivantes, à bout de ressources et souvent au sein d’infrastructures désuètes. Nous l’avons constaté lors de notre tournée des pôles en santé à travers le Québec.

Pendant ce temps, les patients parlent d’une détérioration de leur réseau de santé, qui suscitait pourtant leur fierté il y a quelques décennies à peine. Ils sont de plus en plus orphelins de leurs soins.

Privé… de soins

On convient tous que l’on est bien soigné au Québec. Que le personnel est d’une très grande qualité. Qu’il fait l’envie. C’est plutôt l’accès au réseau qui est en cause. L’urgence demeure, encore et toujours, la seule porte d’entrée aux soins pour une trop grande partie de la population.

Faute d’accès à un médecin de famille, ou à des professionnels de première ligne, les gens doivent se tourner vers le privé et payer pour faire changer un pansement, passer un examen ou subir une intervention chirurgicale.

C’est alors qu’il faut parler ouvertement de ce glissement lent, mais constant, vers une privatisation des soins, facturés aux patients. C’est anormal. Ce n’est pas le pacte social convenu.

Santé Québec doit faire de l’accès aux soins une véritable obsession. Et assurer leur gratuité.

Mauril Gaudreault, M.D.,
Président du Collège des médecins du Québec


Dans le cadre de ses fonctions, il représente le Collège auprès des instances politiques et de divers partenaires afin d'en assurer le rayonnement. Il s'assure que les services de l'ordre reflètent bien sa mission, soit de protéger le public en offrant une médecine de qualité.