C’est quoi la première ligne?
Nous entendons souvent parler de première ligne de soins, mais savons-nous vraiment ce qu’elle offre, comment elle fonctionne et quels sont ses défis? Voici une foire aux questions pour mieux comprendre les soins de première ligne et comment ils pourraient être améliorés pour gagner en efficacité, en fluidité et en accessibilité.
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Les soins de première ligne

Qu’entend-on par première ligne de soins?
La première ligne de soins de santé (aussi appelée soins primaires ou soins de première ligne) désigne le premier niveau de contact entre une personne et le système de santé. C’est le point d’entrée qui sert notamment à évaluer des problèmes de santé courants, à prévenir des maladies ou à faire un suivi médical régulier.
Selon le gouvernement du Québec, la première ligne de soins est appelée à répondre à 80 % des besoins en santé, en plus de jouer un rôle actif dans la promotion de la santé et dans la prévention auprès de la population d’un territoire donné.
Pour dispenser des soins de première ligne, plusieurs professionnels de la santé sont mis à contribution : médecins de famille, infirmières praticiennes spécialisées (IPS), travailleurs sociaux, physiothérapeutes, ergothérapeutes, pharmaciens, etc. En desservant ainsi leur communauté, les professionnels peuvent éviter des visites de patients aux urgences des hôpitaux et diminuer le recours à l’hospitalisation. Les cliniques médicales, les groupes de médecine de famille (GMF), les CLSC et les pharmacies communautaires composent notamment la première ligne de soins au Québec.
Qu’est-ce qui distingue la première ligne de soins de la deuxième et de la troisième?
La première ligne oriente les personnes dans le cadre d’un continuum de soins, tout en conservant un rôle central de porte d’entrée et de coordination, vers des soins et services complémentaires de santé. La deuxième ligne, quant à elle, dispense des soins spécialisés, et la troisième ligne, des soins surspécialisés. La chirurgie générale, la cardiologie et la psychiatrie sont de bons exemples de soins de deuxième ligne, alors que la transplantation d’organes, le traitement des grands brûlés ou de patients atteints de maladies rares et complexes illustrent bien la troisième ligne de soins.
Quel est le portrait actuel de la première ligne de soins au Québec?
Divers enjeux et difficultés liés à la configuration actuelle du réseau de la santé et des services sociaux ont mené à une augmentation significative du nombre de personnes n’ayant plus accès à une source régulière de soins et services de première ligne (SSPL). En 2022-2023, selon un rapport de l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESSS), 25 % de la population québécoise – soit près de 2,1 millions de personnes – n’était pas inscrite auprès d’un médecin de famille ou d’une infirmière praticienne spécialisée en première ligne (IPSPL). On range d’ailleurs ces patients sous le vocable de « patients orphelins ». Parmi eux, 500 000 présentaient des problèmes de santé majeurs ou modérés, soit 5,75 % de la population québécoise.
Selon les données les plus récentes disponibles, il demeure qu’une proportion significative de la population québécoise n’a pas accès à une prise en charge régulière en première ligne. Bien que des efforts récents aient permis d’augmenter l’inscription à un milieu de soins, ces inscriptions ne se traduisent pas toujours par un suivi clinique effectif.
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La politique gouvernementale

Quels sont les points saillants de la Politique gouvernementale sur les soins et services de première ligne, adoptée à la fin mars 2026 au Québec?
Voici ses grandes lignes, qui gardent tant les patients que les soignants en ligne de mire :
Des soins et services de qualité pour tous
À travers une approche équitable basée sur la compréhension des besoins, cette politique entend tenir compte des personnes dans leur globalité. Les stratégies qu’elle mettra de l’avant veilleront donc à s’arrimer avec les besoins de l’ensemble de la population (y compris les personnes les plus vulnérables). Et l’intervention en amont, de même que la prévention seront préconisées.
Une mobilisation de toutes les compétences
La politique offrira du soutien et des outils afin que les personnes et les communautés puissent agir directement sur leur santé et leur bien-être. Elle promet, pour ce faire, d’optimiser, de mieux utiliser et de coordonner les compétences de tous les intervenants et professionnels de la santé, en renforçant les pratiques collaboratives et intersectorielles.
Une gouvernance de proximité ancrée dans la réalité territoriale
La politique fera des CLSC des acteurs clés de la première ligne, les appelant à mobiliser les partenaires locaux autour de la planification des soins et services. Elle entend ainsi favoriser une compréhension commune des besoins de la population locale, en fonction de chaque réalité territoriale. Une autonomie décisionnelle locale avec des leviers financiers adaptés en découlera.
Des leviers pour atteindre les objectifs
Pour que la politique s’incarne au mieux, le gouvernement promet de valoriser et de soutenir les équipes de première ligne en leur fournissant les ressources financières et technologiques nécessaires et en travaillant à l’amélioration continue des soins et services (innovation, recherche, mesure de qualité).
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L’implication des médecins

Quels rôles jouent les médecins de famille en première ligne?
Comme il l’a été énoncé dans le cadre des travaux découlant de la Table nationale de concertation sur la valorisation de la médecine de famille à laquelle le CMQ a pris part, le médecin de famille prodigue des soins à l’ensemble de la population, à tous les âges et à toutes les étapes de leur vie, dans une grande diversité de contextes cliniques. Par sa pratique polyvalente et de proximité, et par sa formation, il joue un rôle central en première ligne : il contribue à la santé globale, au diagnostic, à la prise en charge, au suivi longitudinal et à la coordination des soins.
En partenariat avec la patientèle, les proches et l’équipe interprofessionnelle, le médecin de famille contribue à offrir des soins accessibles, globaux, continus et pertinents. La relation patient-médecin, fondée sur la connaissance longitudinale et la confiance, constitue un levier majeur de qualité, de sécurité et de continuité des soins.
Dans une perspective de responsabilité populationnelle, le médecin de famille est important : il contribue à la fluidité des trajectoires de soins, à la pertinence clinique des interventions et à l’orientation de la patientèle vers le professionnel le plus approprié à ses besoins, en tenant compte des ressources disponibles et des réalités locales.
Pourquoi faut-il soutenir les médecins de famille en première ligne?
La valorisation de la médecine de famille au sein de la société doit faire l’objet d’actions concrètes, compte tenu de son importance pour une première ligne forte. Le Collège rappelle que la médecine de famille est une spécialité médicale au même titre que toutes les autres. Il souligne, de ce fait, la volonté de soutien et de valorisation des équipes de première ligne, et par ricochet des médecins de famille, énoncée dans la politique gouvernementale.
Pourquoi la première ligne ne peut-elle pas reposer seulement sur les médecins?
La collaboration interprofessionnelle est la voie incontournable à emprunter pour répondre aux besoins actuels et futurs de la patientèle du Québec, notamment en raison du vieillissement de la population, de l’accroissement de la prévalence des maladies chroniques et des développements technologiques. En mettant plusieurs professionnels de la santé à contribution, en favorisant une meilleure utilisation et coordination de leurs compétences et en valorisant des pratiques collaboratives renforcées, nous permettrons à la première ligne de soins, au Québec, de gagner en efficacité. Le médecin de famille deviendra un clinicien expert au sein d’une équipe, plutôt que l’unique point de contact. Son rôle est appelé à évoluer pour se concentrer notamment sur les situations complexes et la mobilisation d’expertises multiples.
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L’avis du CMQ
Depuis quand le Collège des médecins s’intéresse-t-il de près à la première ligne de soins?
Un chantier sur la question, nommé Chantier sur l’accès à un médecin et la cessation d’exercice, a été mis sur pied au printemps 2021. Piloté par le CMQ, ce chantier regroupait le ministère de la Santé et des Services sociaux, la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) et une patiente partenaire.
Dans son rapport, le chantier faisait état de constats et proposait des actions pour améliorer le parcours de soins des Québécois. Et parmi les recommandations qui y étaient formulées, se trouvait déjà l’inclusion d’autres professionnels de la santé aux côtés des médecins de famille pour améliorer l’accessibilité aux soins offerts en première ligne.
Comment le Collège des médecins voit-il la première ligne de soins?
À titre d’ordre professionnel en santé ayant comme mission de protéger le public en veillant à une médecine de qualité, le Collège salue l’initiative gouvernementale visant la mise sur pied d’une première ligne forte et accessible à toute la population. Pour concrétiser ce souhait, il faut que les professionnels de la santé travaillent ensemble : l’évolution du réseau et des modèles de soins rend d’autant plus incontournable l’optimisation d’une pratique collaborative coordonnée, en partenariat avec les patients et les communautés, et adaptée à chaque réalité locale.
Le Collège est heureux que la politique gouvernementale de soins et services de première ligne prévoie des ressources humaines, financières et technologiques en ce sens, et qu’elle entende ainsi innover et améliorer en continu les soins de santé et les services sociaux offerts dans l’avenir à la population du Québec. En revanche, le CMQ demeure convaincu que chaque citoyen, en plus d’être affilié à un milieu de soins et de services régional, devrait être associé à un médecin ou une IPS pour faciliter la continuité relationnelle de ses soins de santé.
Date de publication : Mai 2026
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