Les soins de santé et l’intelligence artificielle

En santé, il est démontré que l’intelligence artificielle peut avoir son utilité si elle est maniée avec prudence et doigté. Dans cette page Web, voyez quand et comment elle gagne à être utilisée.

0:00 / 0:00Les soins de santé et l’intelligence artificielle | Résumé audio généré avec un outil d'IA

Dans cette page

Contexte

L’intelligence artificielle (IA) est de plus en plus employée en santé. Elle peut être utile, mais doit être utilisée avec prudence.

Il peut sembler « magique » de poser une question à l’IA et d’en obtenir une réponse rapide, formulée comme si c’était une personne qui nous répondait. Il ne faut toutefois pas oublier que l’IA reste une machine : elle ne comprend pas, ne perçoit pas les émotions, ne raisonne pas et ne soigne pas comme un être humain.

Qu’est-ce que l’intelligence artificielle en santé?

L’intelligence artificielle regroupe des outils informatiques capables d’analyser de grandes quantités d’informations et de produire des réponses à des questions ou de formuler des suggestions sur une situation. En santé, l’IA peut servir à informer tout un chacun, à soutenir les professionnels ou à faciliter certaines tâches, mais elle ne remplace pas le jugement humain.

Examinons l’utilisation de l’IA sous 2 angles :

  • lorsqu’une personne utilise l’IA pour répondre à ses questions de santé
  • lorsque le médecin qu’elle consulte utilise une IA

Lorsqu’une personne utilise une IA pour s’informer sur sa santé

Dans ce cas-ci, 2 aspects sont particulièrement importants :

  1. La qualité des réponses obtenues;
  2. La confidentialité des renseignements personnels soumis.

Dans cette page

1. La qualité des réponses fournies par l’IA

L’IA peut donner de bonnes informations générales sur la santé. Toutefois, ses réponses peuvent aussi être inexactes ou incomplètes.

Pourquoi on ne peut pas toujours se fier aux réponses d’une IA?
  • L’IA ne connaît pas tout de votre situation médicale.
    La plupart des IA n’ont pas accès à l’ensemble de vos informations de santé, les réponses peuvent donc ne pas être adaptées à votre réalité personnelle.
  • L’IA n’est pas vraiment « intelligente ».
    L’IA a été entraînée à partir de grandes quantités de données, qui peuvent contenir des erreurs ou des biais. Elle peut donc reproduire ces fausses informations. Il arrive aussi qu’une IA invente des réponses lorsqu’elle n’a pas l’information nécessaire pour répondre (on parle alors « d’hallucinations »), qu’elle oublie des éléments importants ou qu’elle interprète mal les données.
    Ceci est vrai tant pour les IA offertes au grand public que pour celles utilisées par les professionnels de la santé.
  • Les réponses de l’IA sont souvent données avec beaucoup d’assurance même lorsqu’elles sont fausses.
    Les réponses erronées fournies par l’IA peuvent sembler très convaincantes. Sauf si l’on est un expert sur le sujet traité, il est difficile de faire la différence entre une bonne et une mauvaise information.
Comment réduire les risques d’erreur?

Il est préférable d’utiliser :

  • Les outils d’IA mis à la disposition du public par des organismes de santé reconnus (ex. : MSSS ou Santé Québec);
  • Les outils recommandés par votre médecin ou par l’établissement de santé que vous fréquentez.
Peu importe l’outil utilisé, il faut se rappeler que l’IA n’est pas un professionnel de la santé. Si une réponse obtenue par une IA concerne un sujet important pour votre santé, il est essentiel d’en parler à votre médecin ou à tout autre professionnel afin de vérifier l’information et de clarifier votre situation.
Est-il quand même pertinent d’utiliser une IA pour des questions de santé?

Oui, dans certains contextes, par exemple pour :

  • Vous préparer à un rendez-vous médical, afin de mieux comprendre un sujet et d’en discuter ensuite avec le médecin;
  • Mieux comprendre un diagnostic déjà posé ou un traitement déjà prescrit.

Étant donné les caractéristiques de l’IA mentionnées ci-dessus, il faut éviter d’utiliser une IA pour poser un autodiagnostic, sauf en cas de problème très simple et sans conséquence importante sur la santé. De plus, même si une IA le conseille, il ne faut jamais arrêter un traitement sans en parler à un médecin ou à un professionnel de la santé.

En résumé, une IA peut aider à mieux comprendre une situation de santé, mais elle ne remplace jamais une consultation auprès d’un médecin ou d’un professionnel de la santé. Dès qu’un outil prétend poser un diagnostic ou décider d’un traitement sans l’intervention d’un professionnel de la santé, le risque d’erreur augmente et une discussion avec un médecin ou un professionnel de la santé permettra de départager le vrai du faux.

Si l’IA se trompe, quels sont mes recours?

Le cadre légal entourant l’IA est en cours d’évolution : il est trop tôt pour en tirer des conclusions claires et se prononcer sur le sujet. De plus, il existe encore peu de décisions juridiques concernant la responsabilité des systèmes d’IA et de celles et ceux qui les créent.

Quant aux médecins et aux professionnels de la santé, ils sont encadrés par des ordres professionnels ayant pour mission d’assurer la protection du public. En cas de problème à titre de patients, vous pouvez contacter l’ordre professionnel concerné.

Dans cette page

2. Confidentialité : attention au partage de renseignements personnels

Le secret professionnel est à la base de la relation médecin-patient : vos informations (renseignements personnels) ne seront donc pas divulguées à quiconque par votre médecin, à moins que vous donniez votre accord ou qu’une loi le permette. L’IA n’est pas assujettie aux mêmes règles : elle n’est pas obligée de respecter la confidentialité des informations que vous échangez avec elle.

Qu’est-ce qu’un renseignement personnel?

Il s’agit de toute information qui permet d’identifier une personne, directement ou indirectement. Exemples :

  • Identification directe : nom, adresse, numéro de dossier, numéro de RAMQ, numéro de chambre à l’hôpital.
  • Identification indirecte : maladie rare, ensemble d’antécédents médicaux, fonction publique d’une personne connue (ex. : le maire d’une ville).

Pour de plus amples informations à ce propos, vous pouvez consulter la page Web de la Commission d'accès à l'information sur le sujet.

À qui appartiennent les renseignements personnels?

Les renseignements personnels appartiennent au patient concerné. Sauf exception prévue par la loi, cette personne peut décider de l’usage qu’elle en fait. Cependant, la prudence est essentielle lorsqu’on verse des informations personnelles ou médicales dans une IA, surtout une IA grand public ou peu coûteuse (ex. : ChatGPT, Gemini, Copilot, etc.). Dans ce contexte, la confidentialité des données n’est pas garantie.

Il faut donc être très prudent et éviter de verser dans une IA des renseignements personnels de façon intentionnelle ou non. Voici un exemple de partage involontaire : en mettant dans une IA l’image d’un résultat de test de laboratoire, on inclut, sans trop y penser, le nom de la personne testée, son adresse ou tout autre renseignement personnel y figurant.

Quel usage peuvent faire les compagnies d’IA de mes données?

Les compagnies produisant des outils d’IA pourraient utiliser ces informations de multiples façons, certaines plus risquées que d’autres : entraînement ou validation de systèmes d’IA, recherche en IA, partage ou vente des données avec d’autres personnes ou entreprises non autorisées dans un but de marketing ou même de profilage. Rappelons que les données en santé ont une bonne valeur sur le marché noir.

Dois-je éviter complètement d’utiliser une IA?

Non, une personne informée est libre de verser les informations qu’elle désire dans une IA, mais elle doit être consciente des risques et évaluer si les avantages l’emportent sur ces derniers. Elle doit aussi se demander si elle est d’accord avec le fait que ses informations personnelles soient vendues ou partagées avec autrui.

Prendre le temps de bien lire et analyser les conditions d’utilisation d’une IA, même celles écrites en petits caractères, est utile pour bien comprendre les risques d’utiliser une IA :

  • Quelles sont les données qui seront collectées?
  • À quoi serviront-elles?
  • Avec qui seront-elles partagées?
  • Où seront-elles conservées?
Important!

Il faut absolument éviter de verser dans une IA des renseignements concernant une autre personne que soi-même, car les informations des autres personnes ne nous appartiennent pas. Par exemple : un patient désire verser dans une IA le rapport de sa consultation avec un médecin spécialiste dont il a obtenu copie. Dans ce rapport, il est mentionné que le patient présente des troubles du sommeil en lien avec les problèmes de jeu de son fils. Le fils de ce patient et son problème de jeu sont alors facilement identifiables.

Puis-je utiliser une IA qui résume ma rencontre avec le médecin?

Oui, tout patient peut utiliser un système d’IA, généralement sous forme d’une application qu’il installe sur son cellulaire, afin de capter sa rencontre avec le médecin et d’obtenir un résumé de leur rencontre. Ces applications ressemblent aux logiciels de transcription (scribes IA) utilisés par les médecins afin de les aider à écrire leurs notes dans le dossier médical de leur patient.

Bien que cela ne soit pas obligatoire, il est suggéré que le patient informe le médecin de l’utilisation d’une telle IA afin que le lien de confiance soit conservé.

Comme pour toutes les IA, il y a un risque d’erreurs et d’oublis de faits importants lors de la réalisation du résumé. La personne qui utilise ce type d’outil doit donc – après son rendez-vous médical – relire la note obtenue et la corriger au besoin.

Quand l’IA est utilisée par le médecin

Pour les aider dans leur pratique, les médecins utilisent de plus en plus l’IA. L’utilisation la plus connue est celle de scribes IA, un logiciel qui permet de capter ce qui est dit durant votre rencontre avec le médecin et qui aide ce dernier à rédiger sa note médicale. Si votre médecin utilise une IA comme outil d’aide lors de votre consultation, voici quelques aspects à considérer :

Dans cette page

1. Qualité des soins

Qui prend la décision finale : le médecin ou l’IA?

Dans la pratique d’un médecin, les IA sont considérées comme des outils d’aide à la décision. Il doit donc toujours y avoir un médecin pour évaluer la qualité des recommandations d’une IA et juger de leur pertinence. Un médecin qui utilise une IA demeure responsable des actions qu’il pose : soit de suivre ou non les suggestions de l’IA.

Utiliser des scribes médicaux basés sur l’IA, est-ce adéquat?

Oui, leur utilisation est appropriée à certaines conditions :

  • Le scribe IA doit être certifié par le Bureau de certification de Santé Québec. En cas de doute, vous pouvez demander à votre médecin si son scribe est un scribe certifié par ce Bureau. Si ce n’est pas le cas, questionnez votre médecin avant d’accepter que cet outil soit utilisé.
  • Le médecin doit relire les notes produites par le scribe IA afin d’en corriger les hallucinations, les oublis et les autres erreurs. Il doit y ajouter les informations que l’IA ne peut pas capter, comme l’examen physique ou le langage non verbal du patient. Par la suite, il doit signer la note afin de la rendre officielle.

    En tout temps le médecin demeure responsable de la qualité et du contenu d’une note.

    Est-ce que la personne qui consulte est obligée d’accepter l’utilisation d’un scribe IA? Non, elle peut refuser l’utilisation du scribe IA. Le médecin doit alors écrire sa note sans la collaboration de l’IA.

Dans cette page

2. Confidentialité de vos données

Le médecin doit-il m’informer lorsqu’il utilise un scribe IA?

En tout temps, lorsqu’une IA capte votre voix ou votre image, le médecin doit obtenir votre consentement, verbalement ou par écrit. C’est le cas, notamment, lors de l’utilisation d’un scribe IA

N’hésitez pas à poser des questions à votre médecin sur l’utilisation de l’IA, de même que sur son impact sur vos soins et sur la protection de vos données.

Conclusion

L’intelligence artificielle peut être un soutien utile en santé, mais elle doit être utilisée avec discernement. Dans le système de santé, elle agit sous supervision médicale et dans un cadre règlementé. À la maison, les outils d’IA grand public peuvent informer, mais ne doivent jamais remplacer le jugement clinique d’un médecin ou d’un professionnel de la santé.


Article publié le 18 juin 2026

Ce contenu vous a plu?

Découvrez encore plus d’articles sélectionnés par les experts du Collège dans notre infolettre.

Abonnez-vous à InfoCMQ